À l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux au corps diplomatique accrédité en République démocratique du Congo, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a livré un discours dense, à forte portée politique et diplomatique ce samedi 31 janvier 2026.
Face aux ambassadeurs et représentants des organisations internationales, le Chef de l’État a réaffirmé la centralité du multilatéralisme, la fermeté de la RDC face à l’agression rwandaise, ainsi que son ouverture conditionnelle à un dialogue national, tout en traçant les grandes priorités stratégiques de l’année 2026.
Multilatéralisme, souveraineté et ordre international’
Dans son adresse, le Président de la République a insisté sur la nécessité de préserver les principes fondamentaux qui fondent l’ordre international, dans un contexte mondial marqué par de multiples crises.
« La souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale des États ne sont pas des principes à géométrie variable ; elles constituent le socle d’un ordre international juste, et la condition même d’une paix durable », a-t-il rappelé.
Pour Félix Tshisekedi, le multilatéralisme demeure un levier incontournable pour faire face aux défis sécuritaires, économiques et géopolitiques actuels, à condition qu’il repose sur le respect du droit international et sur des mécanismes contraignants et effectifs.
Guerre dans l’Est : la fin du déni et l’exigence de responsabilités
Abordant la situation sécuritaire dans l’Est du pays, gravement affectée par ce qu’il qualifie de guerre d’agression rwandaise injuste, le Chef de l’État a estimé que la reconnaissance par le Rwanda de son appui aux activités armées de l’AFC/M23 constitue un tournant majeur.
Pour le Chef de l’Etat, cette reconnaissance réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige chacun à passer des exhortations aux mécanismes d’exécution, ceux du droit international, ceux des résolutions du Conseil de sécurité, et ceux des engagements politiques librement souscrits.
Ces engagements incluent notamment l’arrêt immédiat de tout soutien aux groupes armés, le retrait des forces étrangères du territoire congolais, la fin des zones grises et la restauration effective de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. Le Président a, par ailleurs, renouvelé sa confiance aux processus de Doha et de Washington, ainsi qu’à la médiation de l’Union africaine.
Intégration régionale et transformation économique
Pour Félix Tshisekedi, l’intégration régionale ne peut se limiter à des cadres formels.
« L’intégration régionale ne peut se limiter à des cadres institutionnels : elle doit produire des résultats concrets, des infrastructures interconnectées, et des bénéfices tangibles pour les populations », a-t-il insisté.
Dans cette perspective, la RDC ambitionne de rompre avec les logiques d’extraction brute pour promouvoir la transformation locale, la traçabilité des ressources, le développement de chaînes de valeur régionales et des partenariats équilibrés, fondés sur le respect mutuel et le partage équitable des bénéfices. Il a cité, à titre d’exemples structurants, le Corridor de Lobito, le Couloir vert Kivu-Kinshasa et le projet Grand Inga.
Dialogue national : ouverture, mais lignes rouges claires
Très attendu sur la question du dialogue national, le Président de la République a réaffirmé son ouverture à une telle initiative, tout en en définissant clairement les contours et les limites.
« L’unité nationale s’impose plus que jamais comme une exigence fondamentale. Nous réaffirmons notre ouverture à un dialogue entre Congolais. Un dialogue apaisé, inclusif, résolument destiné à consolider la cohésion nationale sans jamais remettre en cause les institutions issues du suffrage universel », a-t-il déclaré.
« ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national et serait conduit et organisé par les institutions de la République », a-t-il précisé, saluant au passage les bons offices du Président angolais João Lourenço, président en exercice de l’Union africaine.
Cependant, le Chef de l’État a posé une ligne de fermeté sans ambiguïté.
« Dialogue, oui. Mais pas avec ceux qui ont commis des crimes envers nos populations », a-t-il martelé.
« Si Ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies », a-t-il averti.
2026, une année décisive pour la RDC
Enfin, le Président Félix Tshisekedi a souligné que l’année 2026 constitue un moment charnière autour de quatre priorités majeures notamment la sécurisation durable de l’Est et la restauration de l’autorité de l’État, l’accélération de la gouvernance, la transformation structurelle de l’économie et la consolidation de l’unité nationale.
Clôturant son allocution, il a remercié le doyen du corps diplomatique pour ses paroles empreintes de respect et d’amitié, avant d’adresser à l’ensemble des diplomates ses vœux les plus sincères de paix, de prospérité et de confiance renouvelée dans la force du droit et des institutions.
Lydia Mangala


