À travers une déclaration sans détour, Grâce Shako, présidente de l’ONG Leadership de femmes dans les médias, tire la sonnette d’alarme sur la banalisation des nuisances sonores dans la capitale congolaise. Un cri du cœur qui relance le débat sur l’autorité de l’État, la responsabilité citoyenne et le respect du cadre légal à Kinshasa.
Dans un témoignage personnel, l’actrice de la société civile raconte une nuit blanche imposée par une célébration religieuse organisée à proximité de son domicile. Si elle reconnaît la liberté de culte et d’expression, elle dénonce toutefois des pratiques excessives et irrespectueuses du voisinage, notamment l’usage de musique à plein volume et les cris prolongés en pleine nuit dans un quartier résidentiel.
« Je suis moi-même chrétienne pratiquante, mais je n’arrive pas à comprendre notre taux élevé de snobisme collectif », confie-t-elle, regrettant une forme de tolérance passive face à des comportements pourtant répréhensibles.
Au-delà de ce cas précis, Grâce Shako élargit la réflexion aux bars et autres lieux de divertissement qui, selon elle, imposent quotidiennement des nuisances sonores sans être inquiétés. Une situation qu’elle attribue à la fois à l’inaction des autorités et au silence complice des citoyens.
Pourtant, rappelle-t-elle, le cadre légal existe bel et bien. L’édit provincial n°005 de 2012 interdit formellement les tapages nocturnes et diurnes, impose des autorisations pour les activités bruyantes et prévoit des sanctions allant des amendes à des peines de prison. En 2024, le gouvernorat de Kinshasa a réitéré cette interdiction, tandis que le ministère de la Justice a ordonné des poursuites contre les auteurs de nuisances, y compris dans les lieux de culte et les hôpitaux.
Face à ce paradoxe entre textes et réalité, la présidente de l’ONG pose deux questions fondamentales :
Les gouvernants exercent-ils pleinement leur autorité ?
Les citoyens assument-ils réellement leur responsabilité civique ?
Son appel est clair : promouvoir une conscience citoyenne élevée et un leadership collectif responsable, au nom de la santé mentale, du bien-être et de la productivité des habitants de la capitale.
« Nuisance sonore démesurée = je dénonce, j’appelle la police. Mibeko il faut etosama ! », martèle-t-elle, invitant à faire respecter la loi sans complaisance.
Une interpellation qui résonne comme un rappel à l’ordre : gouverner, c’est prévoir et faire appliquer les règles ; être citoyen, c’est aussi refuser l’anarchie du quotidien.
Joséphine Mawete


