Trois mois après le violent incendie qui a ravagé le site des menuisiers de Binza Météo, dans la commune de Ngaliema à Kinshasa, les ébénistes sinistrés vivent toujours dans une précarité alarmante.
Malgré les promesses d’assistance formulées par les autorités, aucune aide concrète n’a été apportée jusqu’à ce jour, laissant des dizaines de familles sans moyens de subsistance.
Un incendie dévastateur aux lourdes conséquences sociales
Le drame s’est produit dans la nuit du samedi 11 octobre 2025, aux environs de 21 heures, au petit marché de meubles communément appelé « Site Météo », réputé pour ses ateliers de menuiserie et la vente de meubles et d’œuvres artisanales.
Plus de cinquante hangars ont été entièrement calcinés, emportant avec eux des années de travail, des outils, des matières premières et des stocks de meubles prêts à la vente.
Selon les témoignages recueillis sur place, l’origine de l’incendie reste controversée. Certains évoquent un réchaud ayant pris feu chez un voisin, qui aurait été jeté sur la toiture d’un hangar, provoquant une propagation rapide des flammes. D’autres parlent d’un court-circuit électrique, hypothèse régulièrement avancée lors des précédents incendies sur ce site. Quoi qu’il en soit, la violence du feu n’a laissé aucune chance aux artisans de sauver leurs biens.
Des sinistrés livrés à eux-mêmes
Si aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée, les dégâts matériels sont considérables. Des meubles de salons, fauteuils, tables de salle à manger, garde-robes et autres œuvres artisanales sont partis en fumée. Pour de nombreux ébénistes, cet incendie a signifié la perte totale de leur unique source de revenus.
Aujourd’hui, ces artisans dénoncent l’absence d’assistance gouvernementale, alors que trois mois se sont écoulés depuis le drame. La promesse d’un accompagnement des autorités reste, selon eux, sans suite concrète.
Une série noire d’incendies à Kinshasa
Cet incendie entre dans un contexte particulièrement préoccupant. La ville de Kinshasa a enregistré plusieurs incendies en l’espace de quelques jours seulement. La veille du drame de Binza Météo, un incendie survenu dans la commune de Kinshasa avait coûté la vie à trois membres d’une même famille. Un autre sinistre s’était également déclaré dans la commune de la N’Sele, faisant des victimes.
Face à cette recrudescence des incendies, le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba, avait effectué une visite à la caserne centrale des sapeurs-pompiers afin d’évaluer les capacités opérationnelles de ce service et envisager des mesures de renforcement.
Un site à haut risque, marqué par des drames récurrents
Le marché de meubles de Binza Météo n’en est pas à son premier incendie. En septembre 2022, un autre sinistre avait détruit près de 80 ateliers et plusieurs habitations environnantes. À l’époque, le gouverneur Gentiny Ngobila avait évoqué des circonstances accidentelles et promis soit la délocalisation des ébénistes, soit la construction d’une galerie moderne pour sécuriser le site. Ces engagements sont restés lettre morte jusqu’à la fin de son mandat, début 2024.
Bien avant cela, en août 2013, un incendie majeur avait déjà causé des pertes estimées à plus de 300 000 dollars américains, touchant plus de quarante dépôts de meubles. L’origine du feu n’avait pas été clairement établie, renforçant le sentiment d’abandon et d’insécurité chez les artisans.
Des conditions de travail précaires depuis des décennies
Créé en 1974, le site des meubles de Binza Météo n’a jamais bénéficié d’une réelle modernisation. Au fil des années, la promiscuité s’est accentuée, notamment à la suite de spoliations de la concession Météo, progressivement transformée en résidences privées.
Les artisans manquent cruellement d’espace, travaillent dans des conditions dangereuses et stockent leurs produits dans des dépôts de fortune, augmentant considérablement les risques d’incendie.
Un appel pressant à l’action des autorités
Aujourd’hui, les ébénistes sinistrés de Binza Météo lancent un appel pressant au gouvernement central et aux autorités provinciales. Ils réclament une assistance urgente, des mesures de relogement ou de réaménagement du site, ainsi qu’une solution durable pour mettre fin à ces drames récurrents.
Sans une réponse rapide et concrète, préviennent-ils, des dizaines de familles continueront de sombrer dans la misère, et le site de Binza Météo restera un symbole de précarité, d’oubli institutionnel et de risques permanents au cœur de la capitale congolaise.
Lydia Mangala


