Lors du forum public organisé le jeudi 25 septembre 2025 par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu, président du Conseil supérieur de l’autorité traditionnelle et coutumière, a livré une analyse profonde sur les tensions persistantes entre le pouvoir coutumier et le pouvoir politique en République démocratique du Congo.
Il a mis en lumière les défis liés à la reconnaissance, à l’autonomie et à la survie du rôle coutumier face aux pressions politiques et aux réalités socio-économiques du pays.
Un héritage historique encore contesté
Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu a d’abord rappelé que la question du pouvoir coutumier en RDC s’inscrit dans un héritage complexe, marqué par le système colonial.
Ce système a structuré l’organisation coutumière d’une manière qui influence encore aujourd’hui la perception de la tradition et de l’identité en RDC.
Selon lui, la confusion entre coutume et particularisme clanique fragilise la compréhension du rôle authentique des chefs coutumiers, qui ne se limitent pas à des fonctions politiques mais incarnent des valeurs, des histoires et des identités communautaires profondes.
Les limites de l’application de la loi et la
Le président du Conseil supérieur de l’autorité traditionnelle et coutumière a dénoncé la faible application de la loi de 2015 sur le pouvoir coutumier. Bien qu’elle reconnaisse aux chefs coutumiers une représentation de 30 % dans les assemblées locales et au Sénat, cette disposition reste largement ignorée dans la pratique, traduisant un échec institutionnel persistant.
Il a insisté sur le fait que dans des zones urbaines comme Kinshasa, les communes coutumières restent invisibilisées, et leurs populations marginalisées politiquement.
La précarité comme facteur de dépendance et de corruption
Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu a souligné que la précarité économique des chefs coutumiers constitue un facteur de fragilité majeure.
Malgré une rémunération prévue par la loi, nombreux sont ceux qui vivent dans des conditions précaires, ce qui les rend dépendants du soutien financier des acteurs politiques.
Cette dépendance ouvre la porte à des formes de clientélisme et de corruption qui menacent l’intégrité du pouvoir coutumier et affaiblissent sa mission de garant de la cohésion sociale.
La nécessité d’une redéfinition du rôle coutumier
Le chef coutumier a plaidé pour un renforcement du cadre légal et une meilleure reconnaissance institutionnelle. Il a appelé à une réflexion collective sur la manière d’adapter la fonction de chef coutumier au contexte moderne, tout en préservant ses fondements historiques et culturels.
Pour lui, cette protection passe par un engagement réel de l’État pour garantir l’autonomie et la dignité du pouvoir coutumier.
Il serait donc impérieux de préserver un équilibre entre la tradition et la modernité, tout en protégeant l’intégrité et l’autonomie du pouvoir coutumier.
Son message est un appel urgent à repenser les relations entre autorités coutumières et pouvoir politique afin de renforcer la cohésion sociale et la stabilité démocratique en RDC.
Lydia Mangala


