Un climat de tension s’installe entre plusieurs jeunes magistrats récemment nommés en République Démocratique du Congo et le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM).
Alors qu’ils réclamaient pacifiquement leur prise en charge salariale et une formation préalable à l’exercice de leurs fonctions, ces nouveaux magistrats se retrouvent aujourd’hui dans le viseur de leur hiérarchie, convoqués pour être entendus sur des faits non précisés.
Un paradoxe pour ces jeunes juristes qui voient leurs premiers pas dans la magistrature marqués par la crainte au lieu de la fierté.
Revendiquer un droit, se heurter à l’intimidation
Il y a quelques jours, un groupe de magistrats nouvellement nommés a organisé un sit-in pacifique pour réclamer le paiement de leurs salaires ainsi que leur intégration effective au sein du système judiciaire congolais.
Ce mouvement était l’expression d’un malaise profond : depuis leur nomination, plusieurs d’entre eux n’ont bénéficié ni de rémunération ni de la formation nécessaire à la prise de fonction.
Plutôt que de répondre aux revendications légitimes par une écoute constructive, le Conseil Supérieur de la Magistrature a choisi une approche administrative musclée.
Par deux communiqués de service signés les jeudi 17 et lundi 21 juillet 2025, 23 jeunes magistrats, civils et militaires, sont officiellement convoqués au siège du CSM pour être entendus sur des faits non détaillés.
Une justice qui commence dans la peur
Pour les magistrats concernés, cette convocation prend des allures de représailles :
« L’employeur, au lieu de nous payer, répand la terreur pour nous torturer moralement avant même notre entrée en fonction », déclare un des jeunes substituts sous anonymat.
La situation suscite une onde d’indignation dans les milieux juridiques et sur les réseaux sociaux, où plusieurs voix dénoncent une tentative de museler la parole des nouveaux acteurs de la justice congolaise.
La transparence du processus judiciaire, prônée par les autorités elles-mêmes, semble mise à mal par cette approche.
Liste des magistrats convoqués : un signal inquiétant
Les communiqués du CSM concernent notamment :
– 18 Substituts du Procureur de la République, dont DJIMA Lupunde Charles, MPENZI Kashemwa Grace, MAMBU Ngalula Jordely, LUZAYADIO Mukiese Arrhenius, MUKEBA Tshibangu Merveille…
– 3 Substituts de l’Auditorat militaire, dont KHONDE Mbungu Arthur.
– 5 autres substituts, convoqués dans un second communiqué.
Tous ont rendez-vous au siège du CSM à Kinshasa/Gombe, les lundi 21 et mercredi 23 juillet 2025.
Vers un climat de défiance au sein du pouvoir judiciaire
Cette situation pourrait entacher l’image d’un système judiciaire déjà en quête de crédibilité. Alors que le pouvoir judiciaire congolais est censé incarner l’équilibre, la neutralité et la protection des droits fondamentaux, ces convocations arbitraires risquent d’instaurer un climat de peur au sein des nouvelles générations de magistrats.
L’avenir dira si le Conseil Supérieur de la Magistrature optera pour le dialogue ou persistera dans une posture autoritaire.
En attendant, ces jeunes magistrats se retrouvent dans une situation paradoxale : défendre la justice tout en étant injustement inquiétés.
Lydia Mangala


