Lors d’une conférence de presse au Vatican, le jeudi 10 juillet 2025, à l’occasion de la présentation du document préparatoire des Églises d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine en vue de la COP30, le Cardinal Fridolin Ambongo a sévèrement critiqué l’accord de paix signé le 27 juin à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Désignant cet arrangement comme un artifice fondé sur les minerais stratégiques plutôt que sur la justice et la sécurité des populations, il a lancé un appel pour que les vraies vuctimes, celles qui vivent sous la menace quotidienne, soient enfin entendues.
Minerais stratégiques et prolifération de la violence

Pour l’archevêque de Kinshasa, la course aux minerais du Nord-Kivu et du Sud-Kivu constitue le véritable moteur du conflit.
Les groupes armés se multiplient, non pas pour défendre des frontières ou des idéaux, mais pour contrôler l’extraction de ces ressources précieuses.
Privées d’eau potable et exposées aux exactions, les communautés locales demeurent spectatrices et victimes d’un drame que l’on s’efforce de régler à huis clos.
« Des fausses solutions » à l’épreuve de l’histoire
En comparant la manœuvre à la tentative de Donald Trump de négocier la paix ukrainienne contre du gaz, le prélat a dénoncé l’illusion d’une réconciliation achetée.
« Je suis le grand Trump, je vous réconcilie et vous me donnez les minéraux », a-t-il ironisé, rappelant l’échec patent de cette méthode en Europe de l’Est.
Cette approche, transposée en Afrique centrale, ne fait qu’aggraver la suspicion et la méfiance, au point que « tout le monde a peur de Trump », selon ses mots.
La dignité humaine remise au cœur du débat

Au-delà des tractations diplomatiques, le Cardinal Ambongo a lancé un cri de détresse :
« Assez de décisions prises sans écouter ceux qui vivent en insécurité », a-t-il tonné.
Il a exhorté le monde à revenir à la notion de dignité humaine, soulignant que l’Afrique n’est pas un continent appauvri par essence, mais pillé et vandalisé par des intérêts extérieurs.
Pour lui, il ne peut y avoir de paix durable sans la reconnaissance de cette souffrance et sans réparations à la hauteur des crimes commis.
Les enjeux d’une mise en œuvre fragile
L’accord de Washington, s’il prévoit que Kinshasa identifie et neutralise la FDLR, ne mentionne guère le M23, principal auteur des massacres dans l’Est.
De ce point de vue, nombreux sont les Congolais qui redoutent l’injustice d’une paix imposée à sens unique. Ils appellent les États-Unis à jouer un rôle contraignant sur Kigali pour que les prescriptions couvrent l’ensemble des groupes armés et prévoient des mécanismes de contrôle international.
Une réception à la Maison-Blanche pour sceller l’avenir
Donald Trump lui-même a annoncé qu’il recevrait bientôt Félix Tshisekedi et Paul Kagame à la Maison-Blanche pour la signature finale.
Dans son allocution du mercredi 9 juillet 2025, il a vanté la rapidité de la démarche, alors que la guerre dure depuis trente ans et a fait plus de sept millions de morts.
Le Cardinal Ambongo, fidèle à sa posture prophétique, a mis en garde contre une précipitation diplomatique qui risque d’oublier la profondeur des causes et la douleur des victimes.
Le Cardinal Fridolin Ambongo ne se contente pas seulement de critiquer un accord, il invite également à repenser les fondements mêmes de la paix en RDC, à privilégier l’écoute des populations et à exiger de la communauté internationale qu’elle mette fin aux logiques prédatrices pour bâtir une réconciliation véritable.
Lydia Mangala

