Le mercredi 3 juillet 2025, lors de la deuxième journée, le Forum national sur le droit à la réparation a consacré sa deuxième journée à la question des violences sexuelles en contexte de conflit.
Après un lancement solennel animé par le Président de la République et la Première dame la veille, les participants ont pu bénéficier d’un panel de haut niveau réunissant experts internationaux et acteurs congolais autour d’expériences et de pistes concrètes pour garantir la justice et la réparation des survivant(es)
Justice réparatrice et droits des survivant·e·s

Dès l’ouverture des débats, Pramila Patten, Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les violences sexuelles en période de conflit, a réaffirmé que la réparation est un droit inaliénable des victimes.
Elle a insisté sur l’impératif de bâtir une justice véritablement centrée sur les besoins des survivant·e·s, qui doit leur permettre d’accéder à des soins, à un soutien psychologique et à une indemnisation digne, sans revictimisation.
Défis et outils pour la mise en œuvre

Le professeur Bernard Duhaime a dressé un état des lieux des défis contemporains à la mise en place effective d’un cadre de réparation.
Il a notamment présenté plusieurs outils juridiques et administratifs à la disposition des États, insistant sur l’importance d’une coordination entre les institutions judiciaires, les services sociaux et les organisations de la société civile pour traduire ces instruments en actions tangibles sur le terrain.
Prendre en compte les réalités locales

Abordant la question des déplacements forcés, Paula Betancur a souligné la nécessité d’adapter les réponses aux spécificités de chaque communauté affectée.
Elle a plaidé pour des mécanismes de réparation modulables, capables de rendre compte des pertes matérielles et immatérielles subies localement, qu’il s’agisse de restitution de terres spoliées ou de programmes de relogement.
Vers une justice transitionnelle africaine
Le professeur Rémy Ngoy Lumbu a quant à lui rappelé le rôle essentiel des instruments de justice transitionnelle conçus sur le continent.
Il a mis en avant des mécanismes tels que les commissions vérité et réconciliation, les réparations collectives et les cliniques juridiques communautaires, qui puisent leur légitimité dans les traditions de réparation et de réconciliation propres aux sociétés africaines.
Réparer l’irréparable et renforcer la résilience

Julienne Lusenge a évoqué l’idée, souvent perçue comme paradoxale, de réparer l’irréparable.
Elle a montré comment, au-delà de l’indemnisation financière, la réparation peut avoir un effet profondément transformateur sur la dignité et la résilience des victimes, en leur permettant de retrouver une place au sein de leur communauté.
En prolongement de cette approche, Eduardo Gonzalez a partagé son expérience des réparations collectives, qu’il a décrites comme des vecteurs de reconstruction sociale et de renforcement du tissu communautaire.
À travers des exemples de projets collectifs de réhabilitation, il a montré comment ces initiatives peuvent contribuer à apaiser les traumatismes et à rétablir la cohésion.
Cette deuxième journée du Forum a ainsi jeté les bases d’une stratégie nationale de réparation à la fois juste, adaptée et durable.
En croisant les expertises internationales et les savoir-faire locaux, les participants ont engagé la construction d’un dispositif qui, du 1er au 4 juillet 2025 à Kinshasa, vise à finaliser la feuille de route gouvernementale et à lancer les premiers programmes de réparation pour les victimes congolaises.
Lydia Mangala


