Lancée comme une réponse d’urgence à l’escalade des violences dans l’est de la République Démocratique du Congo, l’initiative de diplomatie citoyenne et féministe portée par un collectif d’organisations congolaises ne faiblit pas.
Depuis la prise des villes de Goma et Bukavu par des groupes armés au début de l’année 2025, cette dynamique, coordonnée par le Consortium de solidarité humanitaire féministe (CSH-RDC), se déploie avec détermination, tant sur le terrain qu’au sein des grandes capitales internationales.
Une mobilisation née de l’urgence, portée par des femmes de terrain
À la tête de ce mouvement, Anny T. Modi, figure respectée de la société civile congolaise, directrice exécutive de l’ONG Afia Mama ASBL et spécialiste des questions de genre.
À ses côtés, un réseau d’associations locales solidement implantées dans les zones en crise. Ensemble, elles refusent de laisser les femmes et les filles une fois de plus reléguées au second plan dans les réponses humanitaires et les négociations politiques.
Le CSH-RDC s’est donné pour mandat de proposer une réponse humanitaire coordonnée, inclusive et durable, centrée sur les droits, les besoins spécifiques et les potentialités des femmes et des jeunes.
Là où la violence fait rage, le consortium intervient avec des services de santé sexuelle et reproductive, un accompagnement psychosocial pour les survivantes de violences sexuelles, mais aussi des actions de scolarisation des filles déplacées et de prévention des mariages précoces et forcés.
Une diplomatie féministe qui dépasse les frontières
Mais la force du mouvement réside aussi dans sa capacité de plaidoyer à l’échelle internationale. Depuis plusieurs mois, les représentantes du consortium multiplient les déplacements et les prises de parole dans les capitales diplomatiques notamment Kinshasa, Nairobi, Pretoria, New York, Genève, Bruxelles, Paris, Washington D.C., Oslo.
L’objectif est de faire entendre la voix des femmes congolaises dans les espaces de décisions politiques et diplomatiques, là où se dessinent les lignes de la paix.
Le consortium plaide avec force pour la mise en œuvre des résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui garantissent la participation des femmes et des jeunes dans les processus de paix et de sécurité.
Ce plaidoyer s’appuie sur des faits concrets tels que dans les zones touchées, les femmes assurent la continuité de la vie communautaire, organisent des réseaux de solidarité, prodiguent des soins, scolarisent les enfants et relèvent des micro-économies locales en ruines.
Ignorer leur rôle serait non seulement injuste, mais aussi inefficace pour toute solution durable.
Une stratégie globale : secours, plaidoyer, autonomisation
Loin de s’arrêter à l’assistance ou au plaidoyer, le CSH-RDC déploie une approche intégrée, dans laquelle l’autonomisation économique occupe une place de choix.
À travers la création de coopératives, le soutien à l’entrepreneuriat féminin, la formation professionnelle et l’accès aux ressources productives, le consortium renforce les bases d’une reconstruction pérenne portée par les femmes elles-mêmes.
« Les femmes et les jeunes ne sont pas seulement des victimes, ce sont des bâtisseurs de paix. Leur voix doit compter à chaque étape du processus », insiste Anny T. Modi, qui voit dans cette diplomatie féministe un levier concret pour bâtir une paix réelle, enracinée dans les communautés et façonnée par celles et ceux qui la vivent au quotidien.
Une diplomatie citoyenne à soutenir
Face aux limites des solutions militaires ou diplomatiques classiques, cette diplomatie citoyenne propose un autre chemin : ancré dans les territoires, porté par les communautés et articulé autour de l’égalité des genres et des droits humains.
Une alternative que les organisations féministes congolaises entendent bien faire reconnaître comme complémentaire et indispensable.
Elles lancent aujourd’hui un appel aux partenaires nationaux et internationaux : un soutien financier, politique et logistique est crucial pour renforcer cette approche novatrice, centrée sur les besoins des populations et construite sur les savoirs et savoir-faire des femmes congolaises.
Dans une région où la guerre a trop longtemps étouffé les voix, les femmes du CSH-RDC rappellent qu’il est temps d’écouter celles qui refusent de subir et choisissent d’agir.
Parce qu’elles portent, plus que quiconque, les espoirs de paix, de justice et de résilience pour toute une nation.
Lydia Mangala


