Dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 juin 2025, Kinshasa a été surprise par une pluie diluvienne qui n’a épargnée aucune commune de la capitale.
En moins de six heures, des torrents se sont formés dans les rues, des rivières se sont affranchies de leurs lits, et les infrastructures urbaines ont largement cédé sous la force des eaux.
Avec un bilan provisoire de 17 morts et des milliers de sinistrés, cet épisode météorologique hors saison révèle l’urgence d’adapter la ville aux bouleversements climatiques.
Un bilan humain tragique

Le quartier Musey, dans la commune de Ngaliema, a payé le plus lourd tribut : trois maisons effondrées sur l’avenue Madimba ont emporté dix personnes, tandis qu’une famille de quatre membres, dont un nourrisson, a péri sur l’avenue Congo.
Une quinzième de victime a été électrocutée en tentant de couper l’alimentation électrique pour limiter les risques.
À Limete, deux personnes ont perdu la vie près du pont Koyombo et du camp Kabila, et à Kisenso, quatre maisons ont été emportées sans faire de victimes, selon le bourgmestre Godé Atswel.
Inondations et voiries paralysées

Rapidement, la rivière Kalamu a submergé les quartiers de Matonge et Kauka, tandis que son affluent de Limete inondait les secteurs Mososo et Dilandos.
Les grands axes urbains, notamment les boulevards Triomphal et du 30 juin, se sont transformés en véritables rivières, rendant la circulation impossible.
L’avenue du Tourisme, surnommée « Nzela Mayi », a été coupée en deux par les eaux en crue, isolant les maisons de Pompage et plongeant plusieurs quartiers du Mont Ngafula dans l’érosion.
Des communes frappées et des familles sinistrées

Au-delà de Ngaliema et Limete, Matete a vu plus de 500 ménages envahis par les eaux tandis que Debonhomme et Kingabwa faisaient face à des torrents issus du fleuve ou des caniveaux obstrués.
À Mont Ngafula, l’érosion a creusé de profondes tranchées, menaçant de nouveaux bâtiments.
N’sele a, elle, échappé aux pertes humaines mais recensé des dégâts matériels importants, et Lemba a subi des inondations localisées sur les quartiers de Ndanu et Mombele.
Un signe alarmant du dérèglement climatique

Alors que la petite saison des pluies s’achève habituellement en mai, les climatologues de METTELSAT évoquent une « saison sèche femelle », caractérisée par de soudaines précipitations.
Le Dr Alain Mubenga de l’Université de Kinshasa souligne que le réchauffement des océans, la dérive de la ZCIT et l’instabilité atmosphérique contribuent à ces orages violents inattendus :
« Nous assistons à des pluies plus intenses, plus fréquentes et hors des calendriers traditionnels, un phénomène désormais récurrent en Afrique centrale », avertit-il.
Vers une résilience urbaine indispensable
Face à la répétition de ces drames, les autorités appellent à renforcer d’urgence les infrastructures de drainage, à imposer des normes de construction loin des zones inondables et à développer un système d’alerte rapide aux crues.
Les bourgmestres insistent aussi sur la création de drains parcellaires et la sensibilisation des riverains.
« Sans caniveaux fonctionnels, les Kinois continueront à subir des inondations meurtrières », plaide Godé Atswel.
Cet épisode de juin 2025 rappelle que, pour Kinshasa comme pour d’autres métropoles africaines, la transition climatique exige une planification urbaine révisée et des investissements massifs dans la résilience.
Jusqu’à ce que la ville apprenne à vivre avec ces pluies imprévisibles, chaque orage restera un test de plus de sa capacité à protéger ses habitants.
Lydia Mangala

