Lors du troisième panel de la quatrième édition de Women Up, Joceline Migabo, médecin généraliste et bourgmestre de Bukavu, a démontré combien la communication politique peut devenir un levier de résilience dans les crises.
Face à l’effondrement des services publics et aux violences incessantes dans l’Est de la RDC, elle a détaillé un plan d’action pour que les femmes, en tant que porte-voix de leurs communautés, puissent influencer les décisions et reconstruire le tissu social.
Un contexte de crise multidimensionnelle

Joceline Migabo a d’abord dressé un panorama de la situation dramatique dans les provinces de l’Est, occupées par des groupes armés.
L’exode forcé de milliers de familles, la fermeture partielle des hôpitaux et la recrudescence des épidémies (choléra, paludisme) résultent d’un accès totalement interrompu aux services essentiels.
Elle a insisté sur le fait que, sans abri ni eau potable, ces populations survivent à ciel ouvert et vivent dans une insécurité permanente.
Violences sexuelles et traumatisme intergénérationnel

Soulignant l’ampleur des violences basées sur le genre, elle a rappelé que, pendant les quinze premiers jours de février 2025, près de 900 viols ont été rapportés, soit en moyenne 60 par jour, pour seulement 7 % de victimes osant consulter un centre spécialisé.
Les conséquences psychologiques, en particulier chez les enfants ayant assisté à ces actes, constituent, selon elle, un traumatisme qui compromet l’avenir de toute une génération.
La femme catalyseur de la mobilisation communautaire

Pour répondre à cette urgence, Joceline Migabo a mis en avant le rôle de la femme comme actrice du changement social.
À Bukavu, confrontée à des servitudes illégales bloquant la circulation, elle a organisé la restitution de ces voies aux habitants, en mobilisant conseils de quartier et leaders locaux.
Cette action a non seulement rétabli la circulation normale mais a aussi renforcé le sentiment de sécurité et de solidarité entre voisins.
Propositions pour un plan d’action opérationnel

Pour pérenniser ces succès, elle a appelé à la mise en œuvre immédiate de mesures concrètes :
- La création de cellules de crise locales associant juristes, professionnelles de santé et communicantes pour diffuser, via radio communautaire et réseaux sociaux, des alertes et des conseils pratiques.
- La formation spécifique des femmes élues et militantes aux techniques de communication politique, afin d’améliorer leur impact et leur capacité de négociation auprès des décideurs.
- Les partenariats avec les médias traditionnels et numériques pour porter la voix des déplacées et des victimes de violences, garantissant une couverture médiatique responsable et sensible.
Joceline Migabo estime qu’en s’inspirant des femmes qui ont déjà transformé leur contexte, chaque jeune femme peut devenir, à son tour, un moteur de paix et de justice sociale.
Son intervention a rappelé que, même dans les pires crises, la communication politique, lorsqu’elle est bien orchestrée et portée par des femmes déterminées, reste l’un des piliers d’une reconstruction durable.
Lydia Mangala


