Le vote du Sénat, ce jeudi 22 mai 2025, autorisant la levée de l’immunité parlementaire de l’ex-président Joseph Kabila, avec au total 96 voix dont 88 voix pour, 5 contre et 3 nuls, marque une rupture inédite dans l’histoire politique congolaise.
L’unanimité de la commission spéciale présidée par Christophe Lutundula vient légitimer cette démarche, mais suscite à la fois espoirs de justice et inquiétudes sur d’éventuels jeux de pouvoir.
Une décision historique secouée par la polémique

En ouvrant la voie à des poursuites pour haute trahison et connivence avec le M23, le Sénat a pris une décision sans précédent.
Jean-Michel Sama Lukonde, président de la chambre haute, l’a rappelé en séance :
« Par conséquent, le Sénat autorise les poursuites et la levée de l’immunité de Joseph Kabila, sénateur à vie ».
Cette décision s’appuie sur un rapport évoquant notamment des échanges téléphoniques avec Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23.
Pourtant, dès l’annonce du vote, plusieurs voix se sont élevées pour questionner la compétence même du Sénat : selon certains juristes, seule une session conjointe du Congrès peut statuer en la matière, conformément à la loi sur le statut des anciens présidents.
Cette incertitude juridique nourrit une controverse qui pourrait accompagner la procédure pénale à venir.
Vers la justice ou la manipulation politique ?

Face à l’émoi suscité, les analystes politiques divergent. Ithiel Batumike, chercheur à l’Institut Ebuteli, voit dans ce vote « un acte politique destiné à fragiliser un rival historique » .
À ses yeux, l’opération sert moins la justice que des intérêts partisans au sein de la majorité présidentielle.
À l’inverse, d’autres observateurs estiment que cette levée d’immunité représente une avancée nécessaire pour combattre l’impunité des hauts dignitaires. Ils soulignent que sans ce vote, les poursuites auraient buté sur un obstacle constitutionnel, laissant les victimes sans recours.
Quoi qu’il en soit, la RDC se trouve à un carrefour : décider si la justice peut réellement s’affranchir des pressions politiques ou si elle demeurera une arme de règlement de comptes.
Enjeux pour la stabilité et l’État de droit

Au-delà du cas Kabila, c’est la crédibilité des institutions qui est mise à l’épreuve.
La manière dont se déroulera l’instruction, puis le procès éventuel, constituera un test décisif pour l’indépendance de la justice congolaise.
Dans un pays miné par les conflits et les défis sécuritaires, la population guette des signaux forts : un procès équitable pourrait restaurer la confiance, tandis qu’une procédure biaisée risquerait de creuser davantage la défiance envers l’État.
En définitive, la levée d’immunité de Joseph Kabila ouvre autant de portes à la justice qu’elle soulève de questions sur l’équilibre entre pouvoir politique et indépendance judiciaire.

Les mois à venir détermineront si la RDC parviendra à faire de cet épisode un exemple de renforcement de l’État de droit, ou si cette affaire restera le symbole d’une justice à géométrie variable.
Lydia Mangala


