Ce mardi 06 mai 2025, la République démocratique du Congo s’associe à la communauté internationale pour marquer la Journée mondiale de l’asthme.
Une occasion pour recentrer l’attention sur une maladie encore sous-estimée, mais qui affecte des millions de vies, parfois dans le silence mais jamais sans conséquence.
Un souffle court, une vie chamboulée
L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies respiratoires. Elle provoque toux, essoufflement, sifflements ou oppression thoracique. Elle touche indistinctement enfants, adultes et personnes âgées, en zone urbaine comme en milieu rural.
Selon l’OMS, plus de 262 millions de personnes dans le monde en sont atteintes. En RDC, les données restent encore partielles, mais les pédiatres et allergologues s’accordent à dire que le nombre de cas est en hausse, notamment chez les enfants scolarisés, exposés quotidiennement à la pollution, à la poussière et à la fumée de combustion.
Et chaque crise d’asthme non maîtrisée peut dégénérer en urgence vitale.
« Respirer ne devrait jamais être un combat », rappelle le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, qui veut faire de la prévention contre l’asthme un enjeu de santé publique prioritaire.
L’enjeu : dépister, traiter, éduquer
Le mot d’ordre cette année : « Rendre les traitements inhalés accessibles à tous ».
Car oui, on peut vivre normalement avec l’asthme, à condition de :
– bénéficier d’un diagnostic précoce (ce qui reste rare en milieux défavorisés)
– suivre son traitement de manière rigoureuse (souvent coûteux)
– éviter les déclencheurs comme la poussière, la fumée, la moisissure, le froid ou certaines allergies
Face à ce défi, le ministère de la Santé, à travers le Fonds de Promotion de la Santé (FPS), a lancé plusieurs initiatives pilotes : distribution d’inhalateurs dans les hôpitaux de référence, formation accélérée du personnel soignant en soins d’urgence respiratoire, campagnes de sensibilisation dans les écoles et marchés publics.
À Kinshasa, des ateliers communautaires sont organisés dans certaines zones rouges comme Masina, Ndjili ou Selembao.
Au Kasaï-Central, des relais communautaires ont été formés pour faire le lien entre les familles et les structures de soins.
Mais l’enjeu reste colossal : dans les pharmacies de quartier, les inhalateurs coûtent encore entre 10 et 15 dollars, un luxe inaccessible pour beaucoup de ménages.
Une politique respiratoire à construire
Cette Journée mondiale est aussi un signal d’alarme.
En RDC, les maladies non transmissibles (comme l’asthme, le diabète ou l’hypertension) ne sont pas encore pleinement intégrées dans les politiques de santé publique.
Pourtant, selon une étude du PNSR (Programme National de Santé Respiratoire), l’asthme figure déjà parmi les dix premières causes de morbidité évitable dans plusieurs zones sanitaires du pays.
Le ministère a annoncé que les médicaments antiasthmatiques seront bientôt inscrits sur la liste des médicaments essentiels, facilitant ainsi leur intégration dans les programmes subventionnés.
Un plaidoyer est également en cours pour que les entreprises minières, industrielles ou de transport contribuent à la lutte contre la pollution de l’air, qui reste un facteur aggravant majeur pour les pathologies respiratoires.
Ce 06 mai, la lutte contre l’asthme ne se résume pas à une journée symbolique. Elle se conjugue au futur avec des décisions concrètes, une volonté politique ferme et une mobilisation collective pour garantir à chaque Congolais ce droit fondamental : respirer librement parce que chaque souffle compte.
Lydia Mangala


