À l’occasion du forum public organisé par l’institut de recherche Ebuteli sous le thème « CSAC, régulateur ou partisan ? », la responsable communication d’Ebuteli, Ange Makadi a ouvert la séance en replaçant l’enquête d’Ebuteli dans son contexte historique et sécuritaire, avant d’en souligner les principaux enseignements.
Contexte sécuritaire : de la note thématique aux violences à l’est de la RDC

Makadi a d’abord rappelé que la note thématique n° 2, publiée en août 2024, avait analysé la fiabilité du CSAC en tant que régulateur des médias. Depuis cette parution, l’est de la RDC a connu une escalade des violences armées, marquée par la prise de Goma et de Bukavu par le M23 début 2025.
« C’est dans ce climat de crise que certaines décisions du CSAC, prises en plein conflit, ont été vivement critiquées », a-t-elle souligné, montrant combien le rôle du régulateur devient d’autant plus crucial lorsque la sécurité vacille.
Héritage politique : un renouvellement fin 2022 par décret présidentiel
Créé en 2011 pour succéder à la Haute Autorité des Médias (HAM) instituée en 2002 lors du dialogue de Sun City, le CSAC était destiné à garantir la neutralité et l’équilibre de l’information.
Or, fin 2022, son renouvellement complet s’est fait par simple décret présidentiel, sans transparence ni critères objectifs, un mode opératoire calqué sur celui de la CENI ou de la Cour constitutionnelle.
Ange Makadi a rappelé que ces interférences politiques avaient déjà été dénoncées dans la note d’Ebuteli :
« Le processus de désignation a miné l’indépendance du CSAC, et les citoyen·ne·s en attendent toujours les justifications. »
Période électorale : la convocation de Koffi Olomidé et autres signes de partialité
Au cours de la campagne présidentielle de 2023, le CSAC était censé veiller à une couverture médiatique équilibrée.
Pourtant, le 11 juillet 2024, l’artiste Koffi Olomidé fut convoqué pour ses propos sur le conflit à l’Est, diffusés en direct sur la RTNC cinq jours plus tôt.
Cet épisode, jugé « intimidant » par une partie de l’opinion, illustre, selon Makadi, « une application à géométrie variable des règles ».
Déficit de recours internes : quand le pluralisme médiatique s’étiole
Ange Makadi a insisté sur l’absence de mécanismes internes de recours et sur la prédominance d’intérêts politiques, qui affaiblissent la mission du CSAC :
– Pas de commission d’appel indépendante pour contester une sanction.
– Pratiques opaques de nomination et de gestion budgétaire.
– Chevauchements de compétences avec le ministère de la Communication et l’Autorité de régulation du numérique.
« Quand le citoyen ne voit pas où s’adresser pour faire respecter ses droits, le pluralisme médiatique se lézarde », a-t-elle regretté.
Enjeux d’une régulation pédagogique : l’appel à un CSAC formé et autonome

Pour la responsable communication, la régulation ne peut se limiter à la sanction : elle doit s’appuyer sur une dimension pédagogique
Les médias et leurs professionnels ont besoin de formation continue pour comprendre et appliquer les règles éthiques ; le CSAC, de son côté, doit se doter de compétences techniques et juridiques solides.
« Les médias doivent être accompagnés ; le régulateur ne peut être efficace que s’il est lui-même formé, doté de ressources et d’une réelle autonomie », a-t-elle expliqué.
En clôture, Makadi a rappelé que CSAC et médias sont des piliers de la démocratie : c’est donc dans un esprit de dialogue respectueux que les participant·e·s doivent avancer vers un régulateur réellement impartial, capable de garantir une information libre, plurielle et digne de confiance.
Lydia Mangala


