Ce lundi 21 avril 2025, le plus ancien parc naturel d’Afrique célèbre aujourd’hui son centenaire.
Mais derrière la splendeur de ses savanes, forêts et glaciers, le Parc national des Virunga fait face à une crise sécuritaire et institutionnelle qui met en péril ses trésors biologiques et son rôle de moteur de développement local.
Un patrimoine mondial unique mais assiégé

Créé en 1925 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, Virunga couvre plus de 790 000 ha : depuis les plaines humides du lac Édouard jusqu’aux sommets de plus de 5 000 m des montagnes du Rwenzori, en passant par les forêts abritant les derniers gorilles de montagne et le lac Edward, refuge de la plus grande population d’hippopotames d’Afrique.
Les volcans Nyiragongo et Nyamuragira offrent quant à eux aux chercheurs un laboratoire naturel unique.
Pourtant, depuis près de trente ans, la présence et les attaques des groupes armés (M23, FDLR et autres) ont transformé le parc en zone de conflit : braconnage, pêche illégale et déforestation s’y sont multipliés, tandis que les infrastructures stratégiques, comme la centrale hydroélectrique de Rwanguba, subissent des sabotages réguliers.
Cent ans de résilience, mais à quel prix ?
Méthode Uhoze, chargé des relations extérieures et du développement communautaire au sein de l’ICCN, dresse un constat amer :
Alors que Virunga est notre héritage, nous ne pouvons pas en profiter : les enfants grandissent sans connaître la faune, les rivières ou les sources chaudes qui se trouvent pourtant à portée.
Pour lui, ce centenaire doit être avant tout celui de la « résilience », un hommage aux gardes et aux habitants locaux qui ont payé de leur vie la défense de ce patrimoine ; mais aussi un appel solennel : sans paix durable, tous les efforts de conservation resteront vains.
L’État fatigué, la société civile aux aguets
En dépit des succès du partenariat public‑privé conclu en 2008 entre l’ICCN et la Fondation Virunga (aujourd’hui Alliance Virunga), et des programmes de développement innovants qui ont vu le jour, les acteurs locaux déplorent l’inaction récurrente de l’État congolais.
Pour eux, l’inscription sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 1994 est symptomatique d’un abandon politique et d’un manque de moyens pour faire respecter l’autorité publique.
Un appel mondial à la sauvegarde de Virunga

À l’heure des festivités, ONG internationales, bailleurs de fonds et institutions onusiennes sont invitées à renouveler leur soutien : financement des opérations anti‑braconnage, sécurisation des zones critiques, renforcement des communautés riveraines.
Mais au‑delà de l’aide extérieure, c’est une prise de conscience nationale qui s’impose : Virunga n’est pas seulement un parc, c’est une promesse de développement durable pour l’Est de la RDC et, plus largement, pour l’Afrique.
En ce 21 avril 2025, le plus ancien parc d’Afrique n’a jamais semblé aussi vulnérable : mais il n’a jamais été aussi nécessaire de le défendre.
Son avenir dépendra, en grande partie, de la capacité de tous, gouvernement, population locale et communauté internationale, à traduire en actes les valeurs de conservation et de paix que ce joyau naturel symbolise.
Lydia Mangala


