Intervenant avec lucidité et engagement à la rencontre organisée par le RJPF, Anny Modi, directrice exécutive de l’organisation AFIA MAMA, a dénoncé les stéréotypes sexistes, insistant sur le fait qu’ils ne se limitent pas au seul langage.
Dès l’ouverture de son propos, elle a rappelé :
« Si l’on pense que les préjugés se limitent au seul registre verbal, on se trompe : ils vont beaucoup plus loin. Ils constituent des attitudes, des croyances et même des valeurs que nous développons dès l’enfance, au gré de notre socialisation scolaire, familiale et communautaire. »
Quand le préjugé contredit la raison

Pour illustrer son propos, Anny Modi a partagé une anecdote marquante :
« J’ai vu dans une vidéo des parents déclarer que les femmes ayant fait des études de droit ne sont pas de bonnes épouses », a-t-elle rapporté, visiblement consternée.
Elle a alors interrogé cette perception avec fermeté :
« En tant que parents ouverts, pourquoi entretenir de tels stéréotypes face à des carrières respectables ? »
Elle a analysé cette contradiction comme un conflit entre des valeurs dites modernes et des représentations archaïques, où le mythe de la femme douce et soumise s’oppose à celui de la femme intellectuelle et ambitieuse.
Les deux visages des stéréotypes

Elle a ensuite identifié deux grands axes sur lesquels les stéréotypes agissent :
– La répartition genrée des rôles, que l’on retrouve dans l’idée que la femme appartient à la sphère domestique tandis que l’homme serait naturellement étranger aux tâches ménagères.
– La résistance au changement, visible dans l’exclusion des femmes de certains postes simplement parce qu’elles sont jugées trop indépendantes.
Trois leviers pour déconstruire les mentalités

Avec pédagogie, Anny Modi a présenté trois pistes concrètes pour transformer ces mentalités :
– La prise de conscience individuelle
Elle a encouragé chacun à s’interroger sur les préjugés qu’il ou elle peut encore porter :
« Combien de fois, chez moi, des visiteurs sont surpris de me voir diriger efficacement un projet : « Tu réussis bien pour une femme », me dit-on.
Cette surprise révèle un préjugé selon lequel l’efficacité serait une qualité exclusivement masculine, a-t-elle souligné.
– Une approche participative et empathique
Elle a défendu une sensibilisation plus immersive, basée sur l’expérience et l’émotion, à travers des ateliers interactifs :
« Imaginez-vous jeune mère ayant perdu la vie à la suite d’un avortement clandestin consécutif à un viol prolongé », a-t-elle proposé. Ce type de mise en situation, selon elle, éveille l’empathie et fait comprendre l’importance d’un meilleur accès à l’information et aux soins.
– La promotion de bonnes pratiques de prévention
Elle a appelé à passer de la sensibilisation à l’action, en mettant en œuvre des outils concrets comme des programmes éducatifs dès l’école, des guides pour modérer les contenus sexistes dans les médias et les réseaux sociaux, des projets de volontariat et une mobilisation communautaire autour d’initiatives locales.
Dénoncer le symbolisme vide : le « tokenisme »

Anny Modi a également critiqué une forme de féminisme superficiel :
« Il est urgent de dénoncer la fausse avancée consistant à envoyer, chaque fois qu’il est question des droits des femmes, une personne dépourvue de toute expertise sous prétexte qu’elle est», a-t-elle déploré.
Elle a souligné que ce tokenisme ne fait que perpétuer les inégalités en assignant les femmes à une représentation symbolique plutôt qu’à une participation réelle.
Un appel à l’action collective

En conclusion, Anny Modi a insisté :
« Déconstruire les stéréotypes et les préjugés est un travail de longue haleine, mais essentiel pour une société véritablement inclusive. »
Elle a encouragé chacun à commencer par interroger ses propres représentations, puis à s’impliquer dans des actions collectives :
« Ateliers, campagnes de sensibilisation, engagement citoyen…Ce n’est qu’en unissant nos efforts, médias, leaders communautaires, institutions éducatives et religieuses, que nous pourrons bâtir un environnement où chacun, indépendamment de son genre, de sa profession ou de ses origines, jouit d’un véritable respect et de la liberté de s’épanouir. »
Lydia Mangala


