Invitée à s’exprimer lors de la journée d’information du Réseau des Journalistes pour la Promotion des Droits de la Femme (RJPF) autour du thème « Désancrer les stéréotypes : lutter contre la chosification de la femme et la désinformation », Me Joséphine Mbela, juriste de l’ACAJ (Association Congolaise pour l’Accès à la Justice), a livré un plaidoyer fort en faveur de la reconnaissance et de la lutte contre les violences verbales et symboliques faites aux femmes.
Un engagement immédiat pour une cause essentielle
Dès l’ouverture de son propos, Me Mbela a justifié sa présence par une conviction profonde :
« Nous avons immédiatement accepté de répondre à cette invitation, car elle représente une occasion précieuse de sensibiliser toutes les femmes et tous les hommes à la réalité des violences verbales et symboliques dont souffrent encore trop souvent les femmes. »
Elle a souligné que ces formes de violence, souvent invisibles, fragilisent l’estime de soi et freinent l’intégration pleine et entière des femmes dans la société.
Des violences insidieuses, mais destructrices

L’intervenante a ensuite éclairé l’auditoire sur la nature insidieuse de ces violences :
Elle a décrit les violences verbales comme étant constituées d’injures, d’humiliations, de moqueries et de remarques sexistes, qui, selon elle, affaiblissent la confiance des femmes et instaurent un climat de soumission.
Elle a également expliqué que les violences symboliques, elles, se manifestent à travers les stéréotypes véhiculés dans les médias, l’invisibilisation des femmes dans les sphères décisionnelles, les inégalités dans les représentations culturelles et religieuses, ainsi que la prolifération de publicités dévalorisantes.
« Le langage discriminatoire, notamment l’usage de mots péjoratifs, contribue à maintenir les rapports de domination et banalise l’injustice », a-t-elle déploré.
Un arsenal juridique sous-exploité
Me Joséphine Mbela a rappelé que la RDC dispose d’un cadre légal robuste, mais trop souvent ignoré ou mal appliqué.
Elle a cité l’article 14 de la Constitution, qui interdit toute discrimination et garantit la parité ; les articles 174 et suivants du Code pénal, qui pénalisent les injures, menaces et harcèlements psychologiques ; ainsi que la loi n°06/06 du 20 juin 2006, qui vise spécifiquement les violences sexuelles.
Elle a également mis en exergue la législation sur l’égalité des chances et la ratification de la CEDEF (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) comme des engagements importants.
Une mise en œuvre encore défaillante

Toutefois, malgré ce socle juridique, Me Mbela a relevé de nombreux obstacles :
« La mise en œuvre reste trop souvent insuffisante », a-t-elle constaté.
Elle a pointé du doigt le manque de sensibilisation, l’absence de mécanismes de plainte efficaces, la peur du rejet social, et les traditions patriarcales qui empêchent les femmes de dénoncer les abus.
Elle a appelé à un sursaut collectif :
« Il est indispensable que la société, les autorités et les médias s’engagent activement pour changer la donne. »
Des solutions concrètes pour un changement durable

Me Mbela a ensuite proposé une série d’actions concrètes à mettre en œuvre :
– Organiser des campagnes de sensibilisation massives
– Former les enseignants, policiers et magistrats
– Produire des contenus médiatiques valorisant les femmes et déconstruisant les stéréotypes.
Elle a encouragé les professionnels des médias à adopter une ligne éditoriale plus respectueuse de la dignité féminine.
Une conclusion mobilisatrice
Pour clôturer son intervention, Me Joséphine Mbela a rappelé avec force que :
« Les violences verbales et symboliques ne sont pas des faits divers : ce sont des réalités quotidiennes qui entretiennent l’inégalité et freinent l’émancipation. »
Elle a exhorté chacun à reconnaître toutes les formes de violences, à renforcer leur répression et à œuvrer pour l’évolution des mentalités.
« C’est une responsabilité collective », a-t-elle insisté, concluant avec gravité :
« Seul un engagement ferme et concerté permettra à chaque femme de vivre libre et digne. »
Lydia Mangala

