Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a vivement réagi à la proposition d’instauration du fédéralisme en République Démocratique du Congo, formulée par Olivier Kamitatu, directeur de cabinet de Moïse Katumbi.
Lors du briefing presse du lundi 14 avril 2025, le ministre de la Communication et des Médias a qualifié cette initiative d’« indécente » et de « malveillante », estimant qu’elle intervient dans un contexte inapproprié, alors que le pays fait face à une grave crise sécuritaire, marquée notamment par l’agression rwandaise à travers la rébellion du M23.
« C’est indécent d’introduire un sujet sur le fédéralisme alors que le pays traverse une crise sécuritaire grave », a déclaré Patrick Muyaya.
Selon lui, cette proposition apparaît comme une distraction dangereuse et mal intentionnée, d’autant plus qu’elle émane d’un camp politique qui, selon ses mots, « a rarement exprimé de solidarité envers les victimes de la guerre dans l’Est ».
« Cela ressemble davantage à une distraction. Ce débat paraît suspect et révèle un côté malveillant, semblable à ceux qui soutiennent la balkanisation », a-t-il ajouté.
Le ministre déplore le fait que cette suggestion vienne de la part de personnalités qui s’étaient auparavant opposées à l’idée du président Félix Tshisekedi de mettre en place une commission multidisciplinaire chargée de réfléchir à l’avenir de la Constitution congolaise.
« À la limite c’est choquant, d’ailleurs, parce que si nous devons refaire le parcours de l’homme qui le dit, du Pacte de Sun City et de tout ce qu’il y a eu, il ne faut pas oublier que nous étions dans un contexte où le Président de la République avait dit qu’on devait réfléchir justement sur la Constitution. Les mêmes personnes qui veulent revenir pour nous parler de fédéralisme, comment vont-elles y arriver ? », a questionné Muyaya.
Il insiste sur le fait que la priorité du moment doit être la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RDC, non des réformes institutionnelles qui pourraient être perçues comme une porte ouverte à la fragmentation du pays.
« Ce qui importe pour tous les Congolais qui tiennent à la République Démocratique du Congo, c’est d’abord le retour à l’intégrité territoriale. Il n’y a rien qui ne vaille plus que ça. Après, on peut débattre, on peut être unitaire, fédéraliste, dans un contexte. Ici, vouloir faire un tel débat, c’est indécent », a conclu Patrick Muyaya.
De son côté, Olivier Kamitatu plaide dans une tribune pour une refonte du modèle institutionnel congolais. Il propose un système fédéral articulé autour de cinq grandes régions autonomes : l’Orientale, l’Équateur, le Kongo, le Kasaï et le Katanga.
Selon lui, cette structuration permettrait une meilleure gestion des ressources naturelles, une gouvernance plus proche des réalités locales, et une lutte plus efficace contre la pauvreté et les conflits armés.
Ancien président du Parlement de Transition et acteur majeur du dialogue de Sun City, Kamitatu estime que la gouvernance centralisée actuelle a montré ses limites et qu’un État fédéral permettrait de mieux répondre aux aspirations des populations.
Lydia Mangala


