Les pluies diluviennes qui ont frappé Kinshasa et la province du Kongo-Central dans la nuit du vendredi 04 au samedi 05 avril 2025 ont laissé un sillage de désolation, avec plus de trente morts et des milliers de familles sinistrées.
Alors que le bilan humain se précise, la réaction des experts scientifiques apporte un éclairage sur les lacunes de la prévention et de la gestion de ces catastrophes naturelles.
Une prévision qui laisse à désirer
Selon plusieurs scientifiques, l’ampleur de la tragédie aurait pu être atténuée grâce à une meilleure anticipation des phénomènes hydrométéorologiques.
Ils soulignent que l’onde d’inondation, issue dès le début de la semaine en provenance de la rivière Lukaya, aurait pu être détectée plusieurs jours avant son arrivée à Kinshasa.
L’installation de stations de suivi hydrométéorologique le long des cours d’eau, selon eux, serait un investissement essentiel pour prévoir et, par conséquent, éviter le drame qu’on observe aujourd’hui.
L’alerte de Mettelsat: Un signal ignoré
L’Agence nationale de météorologie et de télédétection par satellite (Mettelsat) avait pourtant lancé dès la deuxième moitié du mois de février une alerte prévisionnelle indiquant des précipitations excédentaires attendues entre mars et mai, notamment dans les provinces de Kinshasa et du Kongo-Central. Cette alerte n’a pas suffi à déclencher les mécanismes d’évacuation préventive des zones à risque.
Les experts estiment que, si des dispositifs d’alerte-terrestres avaient été installés en complément, des mesures proactives, telles que la relocalisation temporaire des populations vulnérables, auraient pu être prises.
Urbanisation anarchique et absence de planification
Au-delà des systèmes de prévision, les chercheurs pointent du doigt le rôle prépondérant d’une urbanisation anarchique dans l’amplification des dégâts. L’expansion non maîtrlée des villes, conjuguée à une planification urbaine déficiente, augmente la vulnérabilité des populations face aux aléas climatiques.
Pour eux, l’intensité des pluies n’explique qu’en partie l’ampleur des dégâts ; c’est l’inadéquation des infrastructures et l’absence de dispositifs préventifs qui transforment chaque précipitation en catastrophe.
Un coût de la prévention économique raisonnable
Les analyses menées par le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo, basé à l’Université de Kinshasa, soulignent qu’investir dans la prévention serait économiquement avantageux : le coût des réparations après sinistre est estimé à être dix fois supérieur à celui des mesures préventives.
Or, malgré cette évidence, les taux d’exécution des crédits alloués à la gestion des catastrophes naturelles restent désespérément bas, n’ayant jamais dépassé les 30 % ces dernières années, sauf en 2016 et 2017.
La nécessité d’une vision globale
Les scientifiques lancent un appel clair aux responsables politiques : il faut instaurer un réseau d’observation au sol pour surveiller efficacement les cours d’eau et renforcer les capacités prévisionnelles. Ils plaident également pour une révision des politiques d’urbanisme, afin de limiter l’implantation des constructions dans les zones les plus exposées aux inondations.
En outre, l’actualisation des protocoles de gestion de crise, incluant des évacuations préventives et des systèmes d’alerte robustes, apparaît désormais comme une priorité nationale.
L’avis des experts est sans appel : les inondations de début avril 2025 ne sont pas uniquement la conséquence d’un événement météorologique extrême, mais le résultat d’un maillon défaillant dans la chaîne de prévention et d’urbanisation.
La catastrophe actuelle, tragique tant par son bilan humain que par ses coûts économiques, doit servir de leçon pour repenser la gestion des risques. Investir dans la prévention, moderniser le suivi hydrométéorologique et repenser l’aménagement urbain sont des impératifs indispensables pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.
Lydia Mangala


