La diplomatie militaire congolaise s’affine, loin des discours martiaux et des démonstrations de force. Elle s’inscrit désormais dans une logique d’endurance, de savoir-faire et d’alliance. C’est dans cette dynamique que le Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense nationale et anciens combattants de la RDC, Guy Kabombo Muadiamvita, a effectué une mission officielle à Dar es Salaam hier vendredi 04 avril 2025.
Face à son homologue tanzanienne, Stergomena Lawrence Tax, la priorité n’était pas à la rhétorique guerrière, mais à la formation des hommes. En effet, Kinshasa redemande, avec méthode et lucidité, ce que la Tanzanie sait faire de mieux : former, encadrer et transmettre.
La formation des cadres militaires : un enjeu structurel

« Les enjeux de la coopération militaire entre nos deux pays sont multiples. La dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC implique une instabilité qui dépasse nos frontières. C’est la stabilité de toute la région des Grands Lacs qui est en jeu », a déclaré le VPM Kabombo.
Il ne s’agit donc pas uniquement de renforcer les FARDC, mais de participer à une pacification régionale durable.
Cette vision s’ancre dans une mémoire récente. Dès 2022, un accord de coopération militaire avait été signé entre les deux pays. Et dès 2023, un bataillon d’artillerie de campagne congolais était formé en Tanzanie. Des officiers cadres avaient également bénéficié d’une formation dans des institutions militaires tanzaniennes, notamment à l’académie militaire et à l’école de commandement et d’état-major.
Aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin. Non seulement en consolidant ces acquis, mais en les inscrivant dans une perspective de modernisation stratégique. À l’heure où les FARDC sont appelées à incarner la puissance souveraine de l’État congolais face aux menaces internes et transfrontalières, le besoin de cadres formés, disciplinés et capables de commandement devient vital.
Une volonté politique claire : la montée en puissance des FARDC

La relance de cette coopération n’est pas une improvisation diplomatique. Elle s’aligne résolument sur la vision du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui fait de la « montée en puissance » des FARDC l’un des piliers de son projet de gouvernance.
Le renforcement des capacités des militaires ne se réduit pas à une simple formation technique : il s’agit d’un chantier de souveraineté.
Dans cette optique, les deux ministres ont convenu de la création prochaine d’un comité de suivi conjoint. Cette instance sera chargée de définir les modalités pratiques de la coopération : sélection des officiers, contenu des modules, logistique, calendrier. Une coopération militaire bilatérale qui, loin des effets d’annonce, avance sur le terrain discret mais solide du transfert de compétences.
Un geste de reconnaissance et une mémoire partagée
La mission de Guy Kabombo Muadiamvita à Dar es Salaam a également été marquée par un moment de haute teneur symbolique : la présentation officielle des condoléances du gouvernement congolais aux autorités tanzaniennes, pour les militaires tombés lors des opérations en soutien à la RDC.
« Ces soldats ont donné leur vie pour la liberté du peuple congolais », a-t-il déclaré avec gravité, au nom de la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka.
Un hommage qui rappelle que derrière la technicité des accords militaires, il y a des sacrifices, des solidarités africaines, des combats communs. Et c’est précisément ce fil invisible, fait de sang versé, de confiance renouvelée et de respect mutuel, qui semble redonner une épaisseur humaine et stratégique à cette alliance.
Une armée ne se bâtit pas dans le vacarme des armes, mais dans le silence exigeant des académies.
Kinshasa l’a compris.
En plaçant la formation au cœur de sa diplomatie militaire avec la Tanzanie, la RDC ne prépare pas simplement ses soldats à défendre le territoire. Elle prépare son avenir à tenir debout, avec des hommes solides, capables, et conscients de leur rôle dans l’édification d’un État fort.
Lydia Mangala


