Lors de l’atelier consacré à la sécurité numérique et au lancement de l’extension du programme Protection intégrée et résilience des défenseurs des droits humains (PIR-DDH ), organisé ce vendredi 12 juin au Silikin Village, Anny T. Modi, directrice exécutive d’Afia Mama ASBL, a présenté les résultats de la première phase de ce mécanisme de protection destiné aux défenseurs des droits humains contraints de quitter les zones de conflit de l’Est de la République démocratique du Congo.
Face aux participants, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux représentants diplomatiques présents, elle a retracé les principales réalisations de ce programme mis en œuvre grâce au soutien de l’Allemagne et désormais prolongé avec l’appui de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

Dans son intervention, Anny T. Modi a rappelé que le programme PIR-DDH a été conçu pour répondre à l’afflux croissant de défenseurs des droits humains ayant fui les violences et l’insécurité dans l’Est du pays.
« Le programme PIR-DDH a été soutenu par l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne en RDC. Il était conçu pour offrir un appui momentané aux collègues défenseurs des droits humains qui arrivaient de l’Est vers Kinshasa pour une durée maximale de 60 jours », a-t-elle expliqué.
Cependant, la réalité du terrain a rapidement démontré que les besoins dépassaient largement les prévisions initiales.
« Face aux réalités, certains défenseurs ont bénéficié d’un accompagnement plus long parce qu’il n’existait tout simplement pas d’autres solutions pour eux », a-t-elle rappelé.

Parmi les principales réalisations du programme figure la mise en place de deux structures d’hébergement temporaire destinées aux défenseurs en situation de vulnérabilité.
« La protection physique des défenseurs s’est traduite par la création de deux maisons d’accueil qui ont permis de loger temporairement des collègues déplacés, le temps de trouver d’autres solutions durables », a-t-il évoqué.
Le programme a également proposé un accompagnement psychosocial destiné à aider les bénéficiaires à surmonter les traumatismes liés aux conflits et aux menaces dont ils ont été victimes.

Anny T. Modi a souligné que le programme a accordé une attention particulière à la santé mentale des défenseurs, souvent fragilisés par les violences vécues dans leurs zones d’intervention.
Des sessions de renforcement des capacités ont également été organisées pour leur permettre de poursuivre leur travail de documentation et de plaidoyer dans un environnement numérique de plus en plus risqué.
« Nous avons travaillé sur la prise en charge psychosociale, mais aussi sur le renforcement des capacités, notamment en matière de santé mentale et de sécurité en ligne, afin que les défenseurs puissent continuer leur travail tout en étant mieux protégés », a-t-elle souligné.

Anny T. Modi a également salué la collaboration entre Afia Mama, la Voix des Sans Voix (VSV) et la Délégation de l’Union européenne, qui a permis d’intégrer un volet sanitaire au programme.
« Notre projet n’avait pas initialement prévu la prise en charge médicale. Grâce au soutien de la Voix des Sans Voix et de l’Union européenne, plusieurs défenseurs ont pu accéder à des soins de santé à travers un système de référencement », a-t-elle reconnu.
Cette complémentarité entre les organisations de protection a permis de répondre à des besoins essentiels qui n’étaient pas couverts au départ.
L’un des chiffres marquants présentés lors de cette rencontre concerne le nombre de bénéficiaires effectivement pris en charge.
Alors que le programme prévoyait initialement d’accompagner 75 défenseurs des droits humains, dont 40 % de femmes, le nombre final a plus que doublé.

« Nous avions prévu d’accompagner 75 défenseurs des droits humains. Au terme de la première phase, nous en avons soutenu 158 », a-t-elle révélé.
Pour la responsable d’Afia Mama , ce dépassement démontre l’ampleur des défis sécuritaires auxquels sont confrontés les défenseurs en RDC.
« Cela démontre que les besoins en matière de protection des défenseurs des droits humains sont beaucoup plus importants que ce que nous avions initialement estimé », a-t-elle insisté.
Face à cette demande croissante, Afia Mama a poursuivi ses démarches auprès des partenaires internationaux afin d’assurer la continuité du mécanisme.
Ces efforts ont abouti à l’appui de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), qui accompagne désormais la deuxième phase du programme.
« Nous avons continué à frapper à plusieurs portes jusqu’à obtenir le soutien de l’OMCT, qui nous permet aujourd’hui de lancer la deuxième phase du mécanisme PIR-DDH », a-t-elle cité.
Prévue pour une durée de six mois, cette nouvelle phase devrait se poursuivre jusqu’en décembre 2026.
Fidèle à sa mission de promotion des droits des femmes, Afia Mama a également intégré une approche spécifique destinée aux femmes défenseures des droits humains.
« Les défenseures des droits des femmes sont une priorité pour nous, avec un accent particulier sur la santé physique, sexuelle, reproductive et mentale », a-t-elle affirmé.

Cette approche vise à répondre aux besoins spécifiques des femmes engagées dans la défense des droits humains, souvent confrontées à des risques particuliers liés à leur genre.
En chutant, Anny T. Modi a lancé un appel aux partenaires nationaux et internationaux afin de renforcer les mécanismes de protection existants.
« Nous ne savons pas quand l’instabilité prendra fin ni quand la sécurité des défenseurs sera pleinement garantie. Tant que nos collègues seront contraints de quitter leurs zones d’intervention, nous devrons continuer à réfléchir à des solutions de protection », a-t-elle plaidé.

« J’invite d’autres partenaires à rejoindre cette dynamique afin que nous puissions continuer à garantir un espace sûr pour les défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo », a-t-elle conclu.
Anny T. Modi a mis en lumière non seulement les résultats tangibles de la première phase du programme PIR-DDH, mais aussi l’urgence de pérenniser les mécanismes de protection dans un contexte où les défenseurs des droits humains demeurent exposés à de multiples risques sécuritaires.
Lydia Mangala


