Après avoir fait ses preuves sur les parquets congolais avec le TP Mazembe, puis relevé le défi du football à l’international entre le Maroc et la Turquie, l’internationale congolaise Bénie Kubiena Kalala poursuit aujourd’hui son ascension en Chine, sous les couleurs du Shanghai RCB F. À l’image de son parcours, fait de défis, de remises en question et de détermination, la milieu de terrain incarne une génération de Léopards dames en pleine reconstruction.
Entre adaptation à un nouvel environnement, gestion des blessures et regard lucide sur les contre-performances de la sélection nationale, elle s’est confiée en exclusivité à Zolanews.
Rédaction : Bénie, vous avez rejoint le Shanghai RCB F en mars 2025. Après la RDC et l’Europe, comment se passe votre adaptation au football chinois, tant sur le plan technique que sur le plan de vie ?
Bénie Kubiena : Chaque début a toujours été quelque peu difficile en termes d’adaptation, notamment en raison de la barrière linguistique. Toutefois, avec le temps, j’ai su trouver mes repères. Changer d’équipe n’est jamais une chose aisée, non seulement à cause de la langue, mais également en raison de la nécessité de créer une cohésion avec le groupe, le football demeurant avant tout un sport collectif.
Rédaction : Votre passage à Diffa El Jadida au Maroc a été marqué par des difficultés contractuelles avant votre départ pour la Turquie. Avec le recul, quel rôle l’Union des footballeurs du Congo (UFC) a-t-elle joué dans la suite de votre carrière ?
Bénie Kubiena : Je préfère ne plus m’attarder sur ce qui s’est passé au Maroc. Néanmoins, cela reste une expérience qui m’a énormément appris, à tous les niveaux, si je devais résumer cette situation-là en un mot.
Rédaction : Une blessure à la cheville vous éloigne actuellement des terrains et de la sélection pour la FIFA Series 2026. On sent une pointe de frustration chez les supporters de ne pas vous voir sur la feuille de match. Est-ce que ce sentiment de manque est réciproque lorsque vous regardez les Léopards depuis les tribunes ou votre écran ?
Bénie Kubiena : J’ai toujours eu à cœur de défendre les couleurs de mon pays et j’ai toujours répondu présent lorsque cela était nécessaire. Mon absence n’est pas un choix personnel, mais la conséquence d’une blessure. Je n’ai donc d’autre option que de soutenir l’équipe, comme tout Congolais attaché à son pays, car au-delà de mon statut d’athlète, je suis avant tout Congolaise. L’essentiel demeure la victoire lors de cette finale et l’atteinte de l’objectif principal.
Rédaction : Les JO de Paris, puis maintenant la CAN 2026… l’Afrique du Sud semble être devenue le bourreau de la RDC. Selon vous, que manque-t-il techniquement ou mentalement aux Léopards pour franchir ce dernier palier ?
Bénie Kubiena : Tout repose sur la préparation et la concentration. Affronter l’Afrique du Sud a toujours été un défi, mais rien ne les rend invincibles. Une préparation rigoureuse, une concentration optimale et un soutien important du public et des autorités seront déterminants pour inverser la tendance.
Rédaction : L’absence de la RDC à la prochaine CAN 2026 est un coup dur pour le football féminin congolais. À titre personnel, comment avez-vous digéré cette élimination après le match retour à Johannesburg ?
Bénie Kubiena : Cela reste toujours douloureux, surtout lorsque l’on voit d’autres nations compétir alors que nous sommes absentes. Ce n’était pas un choix, mais une réalité qu’il faut accepter telle qu’elle est, d’autant plus que nous étions présentes lors de la dernière CAN. Sincèrement, cette absence nous a beaucoup appris, à moi en particulier, mais elle ne constitue pas une fin en soi.
Rédaction : Après la CAN 2024 (jouée en 2025), vous aviez partagé un message fort citant Charles Pépin sur l’échec comme apprentissage. Un an plus tard, avez-vous l’impression que les leçons du Maroc ont été retenues, ou faut-il une remise en question plus profonde ?
Bénie Kubiena : Cette CAN nous a énormément appris, même s’il m’est difficile d’en exprimer tous les enseignements. L’échec de la précédente édition au Maroc nous a permis de tirer des leçons précieuses afin de revenir plus fortes, avec une approche différente lors des prochaines échéances.
Rédaction : Malgré les déceptions, le groupe semble soudé. Quelle est l’ambiance interne au sein de la sélection féminine qui est en ce moment en pleine reconstruction ?
Bénie Kubiena : Chaque phase de reconstruction d’une sélection est confrontée à de nombreuses réalités. Malgré cela, tout se déroule bien avec les filles et l’ambiance demeure positive, comme à l’accoutumée. J’ai toujours eu du plaisir à être ensemble avec mes coéquipières.
Rédaction : Vous évoluez désormais dans un championnat compétitif en Asie. Quels sont vos objectifs personnels avec Shanghai pour le reste de la saison 2026 ?
Bénie Kubiena : Je pense que chacun aspire à réussir dans la vie, dans son travail quotidien. Et c’est également mon objectif à Shanghai, ici en Chine. L’objectif de cette année est de réaliser une bonne saison et, pourquoi pas, de décrocher le titre de championne.
Rédaction : En cette année 2026, quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes filles de Kinshasa ou de Lubumbashi qui voient en vous un modèle de réussite à l’international ?
Bénie Kubiena : Si je devais adresser un message, je dirais : faites preuve de rigueur et de discipline dans ce que vous faites. Car le talent seul ne suffit pas pour grandir ou réussir.
Rédaction : Pour conclure, si vous deviez définir l’esprit Léopard en un seul mot malgré les épreuves actuelles, lequel choisiriez-vous ?
Bénie Kubiena : La détermination.
Josaphat Mayi


