Dans un monde où l’information circule à grande vitesse et façonne les perceptions, certaines voix s’emploient à redonner à la communication toute sa dimension stratégique et sociale. À Kinshasa, au cœur des dynamiques médiatiques et institutionnelles, Astrid Mbuyi Tshibwabwa s’impose comme une professionnelle engagée, à la croisée des médias, de la recherche et du développement.
Forte d’un parcours riche dans les ONG internationales, les médias audiovisuels et les projets de gouvernance, elle incarne une nouvelle génération de communicatrices qui allient expertise technique et engagement citoyen. Aujourd’hui assistante à l’UNISIC et chercheuse en sciences de l’information et de la communication, elle œuvre pour une communication plus responsable, capable d’accompagner le changement social.
Dans cet entretien accordé à Zolanews, elle revient sur son parcours, ses expériences marquantes et sa vision d’une communication au service du développement.
Rédaction : Madame Mbuyi, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours dans les sciences de l’information et de la communication ?
Astrid Mbuyi : Je suis Jeannette Astrid Mbuyi Tshibwabwa, passionnée par la communication, les médias et l’impact social. Mon parcours en sciences de l’information et de la communication s’est construit progressivement, guidé par une volonté profonde de comprendre comment les messages influencent les comportements et les dynamiques sociales. Très tôt, j’ai compris que communiquer ne se résume pas à transmettre de l’information, c’est aussi créer du lien, susciter l’engagement et accompagner le changement. Aujourd’hui, je combine cette expertise avec une posture de chercheuse-actrice sociale, cherchant à produire des connaissances utiles pour favoriser un changement social positif.
Rédaction : Vous avez une riche expérience dans les médias et les ONG, notamment avec Search for Common Ground. Quelles expériences vous ont le plus marquée ?
Astrid Mbuyi : Chaque expérience m’a marquée, mais celles vécues au sein des ONG, notamment dans des projets de cohésion sociale et de résolution de conflits, ont profondément façonné ma vision. Travailler sur des initiatives où la communication contribue à apaiser les tensions ou à rapprocher les communautés donne un sens concret à ce métier. Ces expériences m’ont appris qu’un message n’est jamais neutre, il touche des vies, des réalités et des sensibilités qu’il faut respecter. Elles renforcent ma conviction que la communication peut être un outil de transformation sociale lorsque son impact est réfléchi et mesuré.
Rédaction : Vous avez travaillé sur des projets liés à la bonne gouvernance et à la communication stratégique. Pourquoi ces thématiques vous tiennent-elles particulièrement à cœur ?
Astrid Mbuyi : Parce que la communication est un levier clé pour renforcer la transparence, la participation citoyenne et la confiance entre les institutions et les populations. Dans notre contexte, il est essentiel que l’information soit accessible et compréhensible, afin que chacun se sente concerné et impliqué dans la vie de la société. Mon approche s’inscrit dans une logique scientifique visant à analyser comment ces messages peuvent réellement influencer les comportements et contribuer à un changement social positif.
Rédaction : En tant que consultante et assistante de programmes, quel rôle joue la communication dans la transformation sociale et la participation citoyenne ?
Astrid Mbuyi : La communication est au cœur de toute transformation sociale. Elle sensibilise, éduque et donne la parole aux communautés. Une communication bien pensée peut modifier les mentalités, encourager des comportements positifs et renforcer l’engagement citoyen. Dans mon travail, j’analyse ces processus pour proposer des stratégies qui maximisent l’impact social des messages et favorisent une participation citoyenne active.
Rédaction : Vous avez collaboré avec des institutions internationales comme World Vision et EUPOL. Que retenez-vous de ces expériences ?
Astrid Mbuyi : Ces expériences m’ont permis de travailler dans des environnements multiculturels et de développer une approche rigoureuse et contextualisée. J’y ai appris que l’efficacité d’un message dépend de sa compréhension et de sa pertinence dans chaque contexte. Cette perspective enrichit mes recherches sur la communication sociale en RDC, où chaque stratégie doit être adaptée aux réalités locales pour être réellement transformative.
Rédaction : Votre parcours montre une forte implication dans les médias audiovisuels, notamment avec la RTNC. Comment voyez-vous l’évolution des médias en RDC ?
Astrid Mbuyi : Les médias en RDC évoluent progressivement, avec une montée en puissance du numérique. L’information circule plus vite, mais cela pose des défis de crédibilité et de vérification. Les professionnels doivent s’adapter à ces changements tout en restant attachés à l’éthique et à la responsabilité. Cette évolution renforce également l’importance de messages réfléchis et scientifiquement appuyés pour soutenir un changement social positif.
Rédaction : Vous avez dirigé l’ONG Women Up. Quelles actions avez-vous menées pour l’autonomisation des femmes ?
Astrid Mbuyi : Avec Women Up, nous avons renforcé les capacités des femmes en communication, en leadership et en entrepreneuriat. L’impact le plus significatif reste le changement de mentalité. Voir des femmes gagner en confiance, s’exprimer et porter leurs projets est une grande satisfaction. Ces expériences illustrent concrètement comment la communication et le renforcement des compétences peuvent contribuer à la transformation sociale.
Rédaction : Vous poursuivez actuellement un diplôme approfondi à l’UNISIC. Quelles sont vos ambitions ?
Astrid Mbuyi : Sur le plan académique, je souhaite approfondir mes recherches sur la communication et son impact dans les dynamiques sociales en RDC. Mon ambition est d’identifier comment les messages influencent les représentations sociales et encouragent des comportements positifs. Professionnellement, je veux continuer à œuvrer dans des projets à fort impact et proposer des stratégies de communication adaptées, capables de renforcer l’effet social des interventions dans la santé, la gouvernance et le développement.
Rédaction : Quels défis rencontrez-vous aujourd’hui dans votre carrière ?
Astrid Mbuyi : Le principal défi est l’adaptation constante à un environnement en évolution rapide, notamment avec le numérique. Pour y faire face, je reste curieuse, je me forme continuellement et j’innove dans mes pratiques. Je m’efforce également de relier mes expériences professionnelles à ma démarche de recherche afin d’amplifier l’impact social de la communication.
Rédaction : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Congolais ?
Astrid Mbuyi : Je leur dirais de croire en leur potentiel et de ne pas avoir peur de commencer petit. La persévérance, la discipline et la passion font toute la différence. Il est essentiel de se former, de rester intègre et de travailler avec un objectif clair : contribuer positivement à la société. Il est possible de combiner engagement professionnel et démarche scientifique pour devenir un véritable acteur du changement social.
Joelle Luniongo


