La République démocratique du Congo vient de franchir une étape majeure dans la réforme de ses finances publiques. Près de quatorze ans après l’adoption de la Loi relative aux finances publiques, le Gouvernement passe à l’action en opérationnalisant la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses, une réforme longtemps attendue.
Portée sous l’impulsion du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, et mise en œuvre par le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-botayi, cette réforme marque un tournant historique dans la gestion budgétaire de l’État.
Une vision pensée depuis plusieurs années
Cette avancée s’inscrit dans une trajectoire de réforme déjà théorisée par le Ministre des Finances dans son ouvrage « La Réforme des Finances Publiques et de l’Administration en RDC » (paru le 15 mai 2022). Parmi les axes structurants annoncés figuraient notamment :
• l’opérationnalisation de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) ;
• la mise en place d’un réseau national des comptables publics ;
• l’instauration du Compte Unique du Trésor (CUT) ;
• le développement du marché des titres publics ;
• le renforcement de la profession d’expert-comptable ;
• l’amélioration du système de production des statistiques des finances publiques.
La réforme s’inscrit dans le Plan stratégique pluriannuel de modernisation de la Gestion des Finances Publiques (GFP), coordonné par le COREF, et trouve son fondement juridique dans la Loi n°11/011 du 13 juillet 2011.
Concrètement, qu’est-ce que la déconcentration change ?
La déconcentration de l’ordonnancement rapproche la décision d’engagement et de paiement des centres sectoriels de responsabilité. Autrement dit, les ministères pilotes disposent désormais d’une plus grande autonomie opérationnelle dans l’exécution de leurs dépenses.
Les objectifs sont clairs :
• réduire les délais de paiement ;
• renforcer la redevabilité des gestionnaires publics ;
• fluidifier la chaîne de la dépense ;
• améliorer la transparence budgétaire.
Cette réforme s’articule avec la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) et le Compte Unique du Trésor, contribuant ainsi à une meilleure discipline budgétaire, à la stabilité du franc congolais et à la maîtrise de l’inflation, en coordination avec les partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds monétaire international.
Deux phases pilotes pour sécuriser le processus

Le déploiement a été structuré en deux phases.
Première phase pilote :
• Ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté ;
• Ministère du Développement rural ;
• Ministère de la Santé ;
• Ministère des Infrastructures et Travaux publics.
Deuxième phase :
• Ministère de la Défense nationale ;
• Ministère de l’Agriculture ;
• Ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire ;
• Ministère de la Pêche et de l’Élevage ;
• Ministère des Finances.
Cette approche graduelle vise à consolider les dispositifs techniques, humains et organisationnels avant une généralisation à l’ensemble de l’administration.
Des avancées déjà tangibles
À fin janvier 2026, plusieurs résultats concrets sont enregistrés :
• La chaîne de la dépense interfacée est opérationnelle dans les quatre premiers ministères pilotes ;
• Les équipements sont installés et les comptes ouverts à la Banque centrale ;
• Les logiciels de gestion sont en service ;
• La DGTCP est pleinement fonctionnelle, avec personnel, bâtiments et systèmes comptables actifs.
Autre étape clé : près de 55 comptables publics principaux et secondaires ont prêté serment en janvier devant le Ministre des Finances. Formés par l’École nationale des finances, ils constituent désormais le socle du réseau national des comptables publics, chargé d’assurer la régularité et la fiabilité de la comptabilité de l’État.
Par ailleurs, l’interfaçage sécurisé des modules de dépense, de trésorerie et de comptabilité générale avec la Banque centrale est en phase finale, consolidant l’architecture numérique des finances publiques.
Les prochaines étapes
Les jalons à venir sont clairement définis :
• pleine opérationnalisation de la chaîne de la dépense dans les ministères pilotes ;
• production des balances trimestrielles consolidées par la DGTCP ;
• généralisation progressive de la réforme à l’ensemble de l’administration publique.
Il sied de noter que cette réforme structurante réaffirme la volonté du gouvernement de moderniser durablement la gestion des finances publiques, de renforcer la discipline budgétaire et d’accroître la crédibilité financière de l’État congolais.
Un chantier de fond, dont l’enjeu dépasse la technique budgétaire : il s’agit de restaurer la confiance dans la gestion publique et d’assurer une meilleure utilisation des ressources au service de la population.
Joséphine Mawete


