Le 17 janvier 1961 marque une date funeste dans l’histoire du Congo. Ce jour-là, Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo nouvellement indépendant, est assassiné dans le Katanga, aux côtés de ses fidèles compagnons Joseph Okito et Maurice Mpolo. Leur fin tragique ne fut pas seulement une exécution, mais une tentative brutale de faire disparaître leur mémoire : leurs corps furent dissous dans de l’acide. Des décennies plus tard, en 2016, une dent, vestige de Lumumba, fut retrouvée en Belgique, dans le cadre d’une affaire impliquant un officier belge chargé de l’élimination des traces du héros. Cette dent, symbole poignant de l’histoire, fut finalement remise à la famille Lumumba en juin 2022. Qui était cet homme dont le destin fut si intimement lié à celui de sa nation ?
Né Elias Okit’Asombo le 2 juillet 1925 à Onalua, dans ce qui était alors le Congo belge, Patrice Emery Lumumba est issu d’un milieu modeste. Doté d’une intelligence vive, il reçoit une éducation solide dans les écoles missionnaires. Cependant, le système éducatif colonial belge, axé sur l’exploitation, ne visait qu’à former des auxiliaires dociles, limitant l’accès à un savoir plus approfondi pour les autochtones.
L’Éveil d’un Nationaliste Visionnaire

Avide de connaissances, Lumumba dévore les livres d’histoire. Son parcours professionnel le mène d’abord à travailler pour une société minière, où il prend conscience de l’importance stratégique des ressources naturelles du Congo et de la subordination des Congolais. Plus tard, à Stanleyville, il trouve un emploi dans les PTT et s’intègre rapidement au cercle des « évolués », devenant même leur président.
En 1957, il rejoint UNIBRA, une brasserie, où sa popularité grandit grâce à son charisme et ses talents d’orateur. Ses convictions nationalistes s’affirment, le poussant à fonder en 1958 le Mouvement Nationaliste Congolais (MNC). La même année, il participe à la conférence panafricaine d’Accra, aux côtés de figures comme Kwame Nkrumah, renforçant sa vision d’une Afrique unie et indépendante.
Vers l’Indépendance et la Tragédie

Le MNC, parti d’inspiration socialiste et panafricaniste, remporte les élections dans la province orientale. Suite à des émeutes en 1959, Lumumba est brièvement emprisonné, mais son influence est telle que le ministre belge des Colonies doit intervenir pour qu’il participe à la Conférence de la Table Ronde à Bruxelles en janvier 1960. Sa présence, juste après sa libération, accentue la pression sur les autorités belges, qui finissent par accepter la date du 30 juin 1960 pour l’indépendance du Congo.
De retour au Congo, Lumumba devient Premier ministre. Le 30 juin 1960, jour de l’indépendance, il prononce un discours mémorable, non prévu au programme, qui dénonce avec force le racisme et l’exploitation coloniale belge. Ce discours, contrastant vivement avec les propos plus mesurés du président Joseph Kasa-Vubu et ulcérant le roi Baudouin, marque un tournant historique dans la résistance au colonialisme.
Cependant, l’indépendance du Congo est rapidement ébranlée par une mutinerie militaire et des tensions internes. Le 15 août 1960, les autorités belges poussent le président Kasa-Vubu à démettre Lumumba de ses fonctions le 5 septembre. Arrêté fin 1960, Lumumba est transporté à Elisabethville (aujourd’hui Lubumbashi).
L’Héritage d’une Voix Inoubliable

Le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito sont assassinés par des séparatistes katangais avec le soutien de mercenaires belges. La dissolution de leurs corps dans l’acide visait à effacer toute trace de leur lutte.
Des décennies plus tard, la vérité émerge. En 2000-2001, une commission d’enquête parlementaire belge conclut que le gouvernement belge avait « manifestement peu de cas de l’intégrité physique de Patrice Lumumba » et avait délibérément diffusé des mensonges sur les circonstances de son décès. La remise de sa dent à sa famille en 2022 symbolise la reconnaissance tardive d’une injustice historique.
Patrice Emery Lumumba reste gravé dans la mémoire collective congolaise comme le symbole de la lutte pour la souveraineté et la dignité. Son combat pour un Congo maître de son destin résonne encore aujourd’hui, rappelant que la voix d’un héros peut transcender le temps et les tentatives d’effacement.
Joëlle Luniongo


