Lors de la projection-débat organisée le 27 mai dernier au Sénat français sur les violences sexuelles liées aux conflits en République démocratique du Congo, Maître Frédéric Kwamba Tshingej a livré une intervention marquée par un plaidoyer en faveur de la lutte contre l’impunité et du renforcement de l’accès à la justice pour les survivantes.
Invité au panel consacré à la justice, à la mémoire et à la responsabilité internationale face aux violences commises en RDC, l’avocat congolais a rappelé que les crimes sexuels perpétrés dans les zones de conflit ne peuvent être combattus efficacement sans une réponse judiciaire forte et crédible.
Briser le cycle de l’impunité
Pour Me Frédéric Kwamba, l’impunité demeure l’un des principaux facteurs favorisant la répétition des violences contre les femmes et les jeunes filles dans les provinces touchées par les conflits armés.
Selon lui, de nombreuses survivantes renoncent encore à saisir la justice en raison de la peur des représailles, du manque de moyens financiers, de la stigmatisation sociale ou encore de l’éloignement des juridictions compétentes.
« La justice ne doit pas être un privilège réservé à quelques-uns. Elle doit être accessible aux victimes, y compris dans les zones les plus reculées du pays », a-t-il soutenu.
La nécessité de mécanismes judiciaires adaptés
L’avocat a salué les avancées enregistrées par la RDC ces dernières années dans la lutte contre les violences sexuelles, notamment l’adoption de textes législatifs spécifiques et la mise en place de tribunaux mobiles rapprochant la justice des populations.
Cependant, il estime que ces efforts doivent être consolidés pour répondre à l’ampleur des crimes commis dans les territoires affectés.
Pour Me Frédéric Kwamba, la justice doit non seulement sanctionner les auteurs, mais aussi garantir aux victimes un véritable parcours de réparation intégrant les dimensions judiciaires, psychologiques, médicales et socio-économiques.
Préserver la mémoire des victimes

Au-delà de la répression pénale, l’avocat a insisté sur l’importance de la mémoire dans la reconstruction des communautés touchées par les violences.
Selon lui, documenter les crimes, recueillir les témoignages et préserver les récits des survivantes constituent des éléments essentiels pour lutter contre le négationnisme et prévenir la répétition des atrocités.
Il a salué les initiatives portées par les organisations de défense des droits humains, les associations de survivantes et les structures communautaires engagées dans ce travail de mémoire.
Une responsabilité partagée
Face à la complexité des conflits qui secouent l’Est de la RDC, Me Frédéric Kwamba a appelé à une responsabilité partagée entre les institutions congolaises et les partenaires internationaux.
Pour lui, la lutte contre les violences sexuelles exige un engagement durable en faveur du financement de la justice, du renforcement des capacités des magistrats, de la protection des témoins et de l’accompagnement des victimes.
Il a également souligné la nécessité de soutenir les mécanismes internationaux capables de contribuer à l’établissement de la vérité et à la poursuite des auteurs de crimes graves.
Redonner confiance aux survivantes
En conclusion, l’avocat congolais a rappelé que la justice représente souvent la première étape vers la reconstruction des survivantes.
« Lorsqu’une victime obtient justice, c’est toute une communauté qui retrouve confiance dans les institutions », a-t-il déclaré.
Me Frédéric Kwamba a plaidé pour une approche centrée sur les droits des victimes, estimant que la paix durable en RDC ne pourra être construite sans vérité, sans justice et sans réparation.
Son message a trouvé un écho particulier auprès des participants à cette soirée-débat, organisée pour amplifier les voix des survivantes et renforcer la mobilisation internationale contre les violences sexuelles liées aux conflits armés.
Joséphine Mawete


