Cinquante-deux ans. C’est le temps qui sépare la République démocratique du Congo de sa dernière et unique apparition en phase finale de Coupe du monde (1974). Aujourd’hui, tout un peuple retient son souffle. Ce mardi 31 mars 2026, à Guadalajara au Mexique, les Léopards affrontent les Reggae Boyz de la Jamaïque avec, en jeu, 90 minutes pour briser une longue attente.
Après avoir écarté le Nigeria et le Cameroun au terme de confrontations intenses, la RDC s’était hissée en tête de série de ces barrages intercontinentaux. Elle attendait ensuite le vainqueur du duel entre la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie. Dans la nuit de jeudi à vendredi, les Reggae Boyz ont validé leur billet en s’imposant face aux Calédoniens (1-0).

Ce soir, à l’Estadio Akron, quatre-vingt-dix minutes séparent les deux équipes d’une qualification historique pour la Coupe du monde 2026. À Kinshasa, l’atmosphère est électrique. Il est 15 heures dans la capitale congolaise, et dans quelques heures seulement, le coup d’envoi sera donné à des milliers de kilomètres. Pourtant, l’attente donne l’impression que le pays tout entier a déjà traversé l’Atlantique. L’optimisme domine, presque comme une évidence.
Abordée près du rond-point UPN, Gladys Mampuya, 25 ans, ne cache pas son assurance. Pour cette jeune supportrice, l’écart de niveau joue en faveur des Léopards.
« Nous avons de nombreux joueurs évoluant à un très haut niveau. J’ai récemment regardé un match de la Jamaïque et je pense qu’ils ne sont pas plus forts que nous », affirme-t-elle avec conviction. Son pronostic : une victoire nette 3-0 pour faire disparaître des décennies de frustration.

Même confiance chez Brudel Kamunga, qui refuse d’envisager un scénario défavorable. Pour lui, la qualification est déjà acquise.
« À aucun moment je ne pense que nous pouvons être éliminés. Je suis très confiant et je crois que nous allons gagner 2-0 », confie-t-il.
Cependant, dans cette atmosphère d’euphorie, certaines voix appellent à la prudence. Le football reste imprévisible, et les barrages intercontinentaux encore davantage. Benny Nsakala tempère les ardeurs en rappelant la réalité d’un match couperet.
« Je pense que c’est du 50-50. C’est une finale. Elle ne se joue pas, elle se gagne. Nous devons avant tout rester concentrés », souligne-t-il, avant d’ajouter avec espoir : « Toutefois, en tant que Congolais, je crois que nous pouvons l’emporter 1-0 ».
Pour la jeune génération, qui n’a connu l’épopée de 1974 qu’à travers les récits et les archives, l’enjeu dépasse le cadre sportif. Il s’agit d’une quête de reconnaissance et d’identité sur la scène mondiale. Brenda Nsona résume ce sentiment d’attente et de fierté.
« Nous allons gagner, sans aucun doute. Je suis très heureuse, car je souhaite voir enfin mon pays participer à une Coupe du monde. Je pense que nous allons gagner 3-0 », estime-t-elle.
À mesure que les heures s’égrènent, Kinshasa s’apprête à vivre une nuit suspendue. Quel que soit le score, l’essentiel reste ailleurs. À 22h00, heure locale, onze hommes porteront les espoirs de plus de 100 millions de Congolais. Le rendez-vous avec l’histoire est pris.
Josaphat Mayi


