De la pelouse de Rabat aux arènes judiciaires internationales, le contentieux autour de la finale de la CAN 2025 prend une tournure explosive. Réunis ce jeudi 26 mars 2026 dans le 17e arrondissement de Paris, les avocats de la Fédération sénégalaise de football (FSF) ont dévoilé leur stratégie devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) et annoncé l’ouverture imminente d’un volet pénal international.
Le spectre d’une bataille juridique de longue haleine se profile. C’est dans le calme feutré de la capitale française que la FSF a choisi de lancer la contre-offensive. Face à la presse, ses conseils ont apporté des précisions sur le calendrier de la procédure engagée devant le TAS, avec pour objectif de contester la décision de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer la victoire au Maroc sur tapis vert.
Mais le temps de la justice sportive ne coïncide pas avec celui des supporters. Selon les avocats de la FSF, une procédure arbitrale classique dans ce type de contentieux peut s’étendre sur une période de neuf à douze mois. Une issue plus rapide reste toutefois envisageable si toutes les parties acceptent de recourir à une procédure accélérée. Avec l’accord de la CAF et de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), une décision pourrait alors intervenir dans un délai d’environ deux mois. Un scénario idéal pour trancher un litige devenu l’un des plus sensibles du football africain.
Une plainte pour corruption en préparation
Si le volet sportif était attendu, l’annonce d’une offensive pénale parallèle a créé la surprise. En marge de la conférence de presse, les avocats sénégalais ont indiqué vouloir porter l’affaire au-delà des instances sportives. Maître Seydou Diagne, figure du collectif d’avocats de la FSF, a confirmé qu’une plainte pour corruption était en cours de finalisation.
« Une plainte pour corruption va être déposée contre cinq personnes », a-t-il déclaré.
Soucieuse de préserver les relations diplomatiques, la FSF a tenu à préciser que le Sénégal « n’accuse pas le Royaume du Maroc ». Toutefois, les avocats affirment disposer d’éléments jugés suffisamment sérieux pour solliciter l’ouverture d’une enquête pénale internationale, notamment aux États-Unis. Une démarche qui n’est pas sans rappeler les précédents liés au scandale du « Fifagate », et qui confère à cette affaire une dimension internationale.
Retour sur une finale sous tension
Pour comprendre l’ampleur de la réaction sénégalaise, il faut remonter au 18 janvier 2026. Ce soir-là, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, les Lions de la Teranga, dirigés par Pape Thiaw, s’étaient imposés (1-0) après prolongation face au Maroc, au terme d’une rencontre particulièrement tendue.
Le match avait été marqué par plusieurs incidents entre autres interruptions prolongées, un but refusé au Sénégal et un penalty accordé au Maroc dans les dernières minutes. Malgré ce contexte électrique, les Sénégalais avaient réussi à conserver leur avantage et à soulever le trophée sur la pelouse.
Mais deux mois plus tard, la décision de la CAF de renverser le résultat et de sacrer le Maroc sur tapis vert a provoqué une onde de choc à Dakar. Perçue comme une injustice majeure, cette décision a conduit la FSF à dénoncer des « soupçons de corruption » et à saisir les juridictions compétentes.
Désormais, entre la procédure engagée devant le TAS et la menace d’une action pénale internationale, le feuilleton Sénégal–Maroc entre dans une nouvelle phase. Une bataille juridique qui s’annonce longue, complexe et déterminante pour l’avenir de cette finale controversée.
Josaphat Mayi


