Un déguerpissement jugé manifestement illégal a été interrompu en urgence dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, à la suite d’une intervention conjointe du ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, et de son collègue de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro. Les faits se sont produits dans l’immeuble ATF, situé au n°14 de l’avenue de la Gombe, un bien appartenant à l’État congolais.
Selon les autorités, l’opération de déguerpissement en cours reposait sur un titre jugé irrégulier, sans décision judiciaire valide ni respect des procédures légales. Elle aurait été menée par une huissière de justice accompagnée d’individus non identifiés, avec des actes de violence, des destructions de biens et des intrusions dans les appartements.
Face à la gravité de la situation, le ministre de la Justice a ordonné la suspension immédiate de l’opération et le rétablissement des occupants dans leurs droits.
« Une telle opération, dépourvue de base légale, est frappée de nullité absolue », a-t-il déclaré, dénonçant une tentative d’exécution forcée en dehors de tout cadre légal.
Les autorités relient cet incident au phénomène dit « Folio », un système frauduleux consistant à fabriquer de faux jugements pour procéder à des expulsions illégales, souvent avec la complicité d’acteurs du système judiciaire. Ces pratiques constituent des infractions graves, notamment le faux et usage de faux, l’escroquerie foncière et l’association de malfaiteurs.
Dans un communiqué officiel, le ministère de la Justice a confirmé l’ouverture immédiate de poursuites judiciaires. Le Procureur général près la Cour de cassation a été instruit de se saisir du dossier afin d’identifier et de sanctionner les auteurs, co-auteurs et complices.
« Nul ne peut être expulsé sans une décision judiciaire régulière (…) exécutée dans le strict respect des règles de procédure », rappelle le communiqué.
De son côté, le ministère de l’Urbanisme et Habitat a pris des mesures pour sécuriser les lieux, protéger les occupants et préserver ce patrimoine public. La présence de magistrats parmi les victimes souligne l’ampleur du phénomène et la nécessité d’une réponse ferme de l’État.
Les autorités congolaises réaffirment leur détermination à faire respecter l’État de droit, à lutter contre les dérives liées au phénomène « Folio » et à garantir la protection des biens publics et privés. Des enquêtes sont en cours, avec l’objectif d’aboutir à des sanctions exemplaires et de restaurer la confiance dans les institutions judiciaires.
Lydia Mangala


