Dans une société congolaise en pleine transformation, la famille demeure le premier espace d’éducation, de dialogue et de construction des valeurs. Mais lorsque cette cellule se retrouve amputée d’un de ses piliers, comment le lien familial se maintient-il ?
C’est à cette question que Nicole Tshibangu Kalonji, étudiante à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), a choisi de répondre à travers son mémoire intitulé « La communication interpersonnelle au sein des familles monoparentales de la commune de Matete (Kinshasa) », défendu le 29 septembre dernier sous la direction du Professeur Georges Jérémie Wawa Mozanimu.
Son étude met en lumière l’importance du dialogue dans le maintien de l’équilibre et de la cohésion au sein des familles monoparentales, de plus en plus nombreuses à Kinshasa.
Comprendre les interactions au cœur des foyers monoparentaux

Selon l’auteure, la communication interpersonnelle constitue un facteur déterminant dans la stabilité et la santé émotionnelle d’une famille. Or, dans les foyers où un seul parent assume les responsabilités, cette communication prend une dimension particulière.
La recherche menée dans la commune de Matete visait à appréhender le type d’interactions qui caractérisent ces familles et à analyser l’impact de l’absence parentale sur la qualité des échanges entre parents et enfants.
L’étude a ainsi permis d’identifier divers modes de communication, allant du dialogue ouvert et respectueux à des échanges marqués par des tensions passagères. Toutefois, dans la majorité des cas, la volonté d’écoute et la recherche d’équilibre dominent.
Une approche qualitative ancrée dans le vécu
Pour mener à bien son étude, Nicole Tshibangu a adopté une approche qualitative à caractère ethnographique.
Elle a mené des entretiens semi-directifs auprès de cinq familles monoparentales, pères et mères seuls avec leurs enfants, vivant dans la commune de Matete, entre février et juillet 2025.
La confidentialité et le respect de l’anonymat ont été garantis, permettant aux participants de s’exprimer librement sur leurs réalités quotidiennes, leurs difficultés et leurs réussites.
Des résultats révélateurs sur la dynamique des foyers
Les observations de la chercheuse dévoilent plusieurs constats marquants :
– Les relations parents-enfants sont souvent basées sur le respect et le dialogue, favorisant un climat de compréhension mutuelle ;
– Certaines familles connaissent des tensions émotionnelles, mais ces désaccords sont généralement suivis de réconciliations rapides ;
– Les discussions familiales portent principalement sur la scolarité, les projets d’avenir et la gestion du quotidien ;
– Les sujets intimes ou sensibles, tels que la sexualité ou les émotions, restent souvent tabous ;
– L’absence d’un parent crée un vide affectif qui limite parfois la profondeur des échanges.
Ces résultats soulignent l’effort d’adaptation et la résilience des familles monoparentales face aux défis communicationnels.
Des pistes concrètes pour renforcer le dialogue familial
Afin d’améliorer la qualité des échanges dans les foyers monoparentaux, Nicole Tshibangu Kalonji recommande plusieurs actions entre autres :
– Instaurer des espaces de dialogue réguliers au sein des familles pour favoriser la compréhension mutuelle ;
– Mettre en place des programmes de soutien psychologique destinés aux parents seuls et à leurs enfants ;
– Former et sensibiliser les parents à l’écoute active et à la gestion apaisée des conflits :
– Impliquer les écoles et les structures communautaires dans la promotion d’une communication familiale saine.
Ces propositions s’inscrivent dans une vision de société solidaire, où la communication devient un levier de stabilité et d’harmonie.
Une étude à portée sociale et éducative
Au-delà de son intérêt académique, ce travail apporte une contribution significative à la compréhension des dynamiques familiales congolaises.
Il attire l’attention sur les réalités souvent silencieuses des familles monoparentales et plaide pour une approche plus inclusive dans les politiques publiques liées à la famille, à la jeunesse et à l’éducation.
En mettant la lumière sur l’importance du dialogue, Nicole Tshibangu Kalonji rappelle que la communication reste le ciment du vivre-ensemble, même dans les contextes les plus fragiles.
Ce mémoire offre une vision empathique de la famille congolaise moderne, confrontée aux défis de la monoparentalité, mais portée par la force du dialogue et de l’amour.
Par son travail, Nicole Tshibangu Kalonji ouvre la voie à une réflexion plus large sur la communication comme facteur de résilience et de cohésion sociale dans la République Démocratique du Congo.
Lydia Mangala


