Kinshasa, 14 septembre 2025, l’Est de la République démocratique du Congo reste meurtri par les violences. Invité samedi du Journal Afrique sur France 24, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré une interview sans concession, pointant directement la responsabilité du Rwanda et du mouvement M23 dans les massacres récents.
Une guerre qui se poursuit malgré le cessez-le-feu

Interrogé sur l’évolution du conflit, neuf mois après ses déclarations optimistes de janvier, Patrick Muyaya a reconnu que la guerre n’était pas terminée :
« La stratégie militaire est mise en berne parce que nous sommes en discussions. Normalement, les armes devraient se taire, mais en face, la brigade avancée de l’armée rwandaise et le M23 poursuivent leur œuvre macabre », a-t-il dénoncé.
Selon lui, les récentes attaques dans le territoire de Rutshuru ont coûté la vie à 140 civils hutus « dans des conditions effroyables », un bilan également documenté par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme et par Human Rights Watch.
Massacres de civils : Kinshasa parle de génocide
Le ministre a souligné que ces violences visaient principalement des populations civiles, à l’image du massacre de Kishishe en 2022. Pour Kinshasa, ces crimes constituent des preuves supplémentaires de ce que le gouvernement qualifie de génocides commis sur le sol congolais.
Les Wazalendo, résistance citoyenne
Patrick Muyaya a également évoqué les Wazalendo, ces groupes d’autodéfense qui ont émergé face à l’offensive du M23 :
« Le Rwanda ne peut interdire à des Congolais de défendre la patrie. Nous avons une stratégie pour encadrer ces énergies dans une réserve armée, afin de garantir le respect des droits de l’homme », a-t-il expliqué.
Tensions communautaires et nomination du général Gasita

Abordant la polémique autour du général Jean-Marie Gasita, le ministre a appelé à la prudence :
« Les Rwandais stigmatisent nos Banyamulenge pour créer un discours de haine. Notre mission est de restaurer l’apaisement entre communautés. »
Une campagne pour la reconnaissance internationale des génocides
Le porte-parole du gouvernement a rappelé que depuis trois décennies, l’Est de la RDC est le théâtre de violations massives des droits humains, souvent liées à la convoitise des ressources minières. Kinshasa a lancé une campagne internationale pour la reconnaissance des génocides, parallèlement à un processus interne de réparation financé par la redevance minière.
« Avant d’arriver au génocide, il y a massacres et violations massives. Les 140 Hutus récemment tués à Rutshuru en sont un exemple. Le modus operandi désigne clairement la responsabilité des troupes rwandaises et du M23 », a insisté Patrick Muyaya.
Le dossier Joseph Kabila
Enfin, le ministre a réagi au report du procès de l’ancien président Joseph Kabila devant la Haute Cour militaire :
« S’il est impliqué dans des faits de complicité avec les rebelles, la justice doit suivre son cours. Il bénéficie d’un statut particulier en tant qu’ancien chef de l’État, mais il doit répondre de ses actes », a-t-il conclu.
Joséphine Mawete


