Dans la capitale congolaise où les avenues résonnent au rythme des klaxons, de la musique et des conversations sans fin, le football occupe une place à part. Il se joue dans les rues poussiéreuses, sur les terrains de fortune, dans les cours d’école et jusque dans les moindres parcelles de la capitale. À Kinshasa, le ballon rond est une passion collective, un langage universel et parfois même un espoir de changement de vie.
Pourtant, derrière cette ferveur populaire, des centaines de jeunes talents âgés de 16 à 22 ans continuent d’évoluer dans l’ombre, sans visibilité, sans accompagnement et sans véritable passerelle vers le football professionnel. C’est précisément pour répondre à cette réalité qu’est née la Kin City League (KCL), une compétition qui ambitionne de réunir les 24 communes de Kinshasa pour révéler les talents de demain et faire du football un véritable outil de cohésion sociale.
Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 9 juin, les promoteurs du tournoi ont dévoilé les grandes lignes de cette deuxième édition qui se déroulera du 25 juillet au 9 août 2026, avec une dotation totale de 8 500 dollars américains.
Pour le président de la Kin City League, Marco Bondo, la compétition se veut avant tout un projet humain et social.
« Je ne le fais pas pour me faire voir. J’ai envie de donner l’opportunité au peuple kinois de célébrer quelque chose. Quand vous voyez les images de la parade organisée par Matete après son sacre l’année passée, vous n’avez pas idée de la fête qui a été faite. Ils ont célébré cela comme une Coupe du monde. Ici, tout est bon à célébrer », a-t-il déclaré.
Le promoteur du tournoi estime que le football possède un pouvoir fédérateur unique dans une ville aussi vaste et diverse que Kinshasa.
« Réunir les communes, même lorsqu’elles sont adversaires sur le terrain, c’est créer des liens. L’année passée, on voyait les supporters se charrier en rigolant, chanter ensemble, danser ensemble. Cette année encore, nous voulons que les gens passent un bon moment. Il y aura des animations, des artistes, des DJs. Nous voulons créer un véritable village autour du football », a-t-il expliqué.

L’un des objectifs majeurs de la KCL reste la détection et la promotion des jeunes footballeurs. Les organisateurs affirment que la première édition a déjà produit des résultats concrets.
« Sur le plan technique, nous avons eu trois joueurs qui ont signé dans des clubs. Plusieurs autres jeunes ont également été sélectionnés dans différents cadres du football national », a révélé le directeur technique Rolly Mosengo.
Selon lui, ces résultats démontrent que la compétition peut devenir un véritable tremplin pour la jeunesse kinoise.
« Ce qui a été réalisé dès la première édition est extrêmement positif. Cela montre que lorsqu’on offre de la visibilité aux jeunes, les opportunités suivent naturellement », a-t-il ajouté.

La présence annoncée de recruteurs et scouts européens devrait renforcer davantage cette dimension de détection.
Après avoir attiré plusieurs milliers de personnes lors de la précédente édition, les organisateurs visent désormais beaucoup plus grand.
« L’année passée, la finale a réuni près de 3 000 personnes alors que tout s’était fait essentiellement par le bouche-à-oreille. Cette année, nous avons une véritable équipe de communication. Nous allons être très actifs sur les réseaux sociaux, produire du contenu régulièrement et maintenir l’engagement du public avant et pendant la compétition », a expliqué Marco Bondo.

L’objectif est d’atteindre plus de 100 000 spectateurs cumulés sur l’ensemble du tournoi.
« Quand nous parlons de 100 000 personnes, il s’agit d’un cumul sur les deux semaines de compétition. Pour nous, c’est même un minimum. Avec l’engouement autour de la Coupe du monde 2026 et l’attachement des habitants à leurs communes, nous pensons pouvoir mobiliser énormément de monde », a-t-il affirmé.

L’une des questions soulevées lors de la conférence concernait la gestion de la sécurité durant les rencontres.
Pour Rolly Mosengo, les incidents qui surviennent souvent dans les compétitions locales ne sont pas une fatalité mais le résultat d’un déficit d’organisation.
« Un match de football est un événement comme un concert ou un grand spectacle. Il faut des professionnels de l’événementiel qui savent anticiper et gérer chaque détail. Souvent, dans notre football, certains aspects organisationnels sont négligés alors que tout se prépare en amont », a-t-il souligné.
Fort de plus de seize années d’expérience dans le milieu du football, il a insisté sur l’importance d’une planification minutieuse.
« Chaque commune a ses réalités, ses habitudes, ses comportements. Tous ces éléments sont étudiés à la loupe. Nous travaillons avec les joueurs, les encadreurs, les arbitres et les supporters. C’est grâce à cette préparation que nous avons réussi à terminer l’édition précédente sans incident majeur », a-t-il martelé.

Il estime également que la responsabilité de maintenir un climat serein incombe aussi aux joueurs.
« Les recruteurs regardent le talent, mais ils observent également le comportement. Un joueur qui conteste constamment les décisions de l’arbitre ou qui incite le public à réagir envoie un mauvais signal. Nous sensibilisons beaucoup les jeunes sur ces questions », a-t-il renchéri.
La Kin City League 2026 mettra en jeu un prize pool total de 8 500 dollars américains.
Le vainqueur repartira avec 6 000 dollars et le trophée de la compétition, tandis que le finaliste recevra 2 500 dollars.

« Il n’y a pas de frais d’inscription pour les équipes. Nous leur fournissons également des équipements. Les montants prévus pour les finalistes représentent donc une véritable récompense. C’est une façon de valoriser leur engagement et leurs performances », a précisé Marco Bondo.
Les organisateurs défendent une vision de développement social portée par le sport.
Pour Marco Bondo, investir dans le football revient à investir dans l’avenir de la jeunesse.
« Si nous avions un terrain synthétique dans chaque commune, cela changerait énormément de choses. Je n’ai jamais vu un terrain synthétique vide à Kinshasa. Les jeunes veulent jouer. Il existe des dizaines d’académies et d’équipes, mais les infrastructures restent insuffisantes », a-t-il regretté.

« Le football apprend la discipline, la résilience, l’esprit d’équipe et le respect. C’est un formidable outil d’éducation. À travers la Kin City League, nous voulons montrer qu’en investissant dans le sport, on investit directement dans le développement de notre société », a-t-il ajouté.
À quelques semaines du coup d’envoi, les organisateurs lancent un message aux futurs participants.
« Préparez-vous bien. Le niveau sera encore plus élevé cette année. Tout le monde veut succéder à Matete. Il y aura des observateurs, des recruteurs et des personnes qui viendront vous voir. Pour certains, ce sera peut-être l’opportunité d’une vie. Donnez tout et n’ayez aucun regret », a exhorté le président Marco Bondo.
Du 25 juillet au 9 août prochain, les 24 communes de Kinshasa auront ainsi rendez-vous avec leur destin sportif. Pendant deux semaines, le Stade Tata Raphaël deviendra le théâtre d’une compétition qui ambitionne de faire émerger les futures étoiles du football congolais tout en rappelant qu’au-delà des rivalités, le sport demeure l’un des plus puissants vecteurs d’unité et d’espoir pour la capitale congolaise.
Lydia Mangala


