Le compte à rebours touche à sa fin. Dans quelques jours, la planète football entrera dans une nouvelle ère avec la première Coupe du Monde à 48 équipes. Pour l’Afrique, cette édition a une saveur particulière. Le continent ne se contente plus d’être représenté, il envoie une véritable armée sportive.
Avec dix nations qualifiées, le football africain franchit un cap historique. Cette présence record transforme une participation autrefois symbolique en une véritable ambition de conquête. Les pelouses nord-américaines s’apprêtent à vibrer au rythme d’un continent déterminé à changer de dimension.
L’histoire a pourtant commencé modestement. En 1934, l’Égypte devenait la première nation africaine à participer à une Coupe du Monde, dans une compétition largement dominée par l’Europe et l’Amérique du Sud. Pendant plusieurs décennies, l’Afrique a dû se contenter d’un nombre très limité de places qualificatives.
Les participations du Maroc en 1970, du Zaïre en 1974 ou encore de la Tunisie en 1978 relevaient presque de l’exploit. Chaque billet supplémentaire a été obtenu au terme de longues batailles diplomatiques et sportives.
Un premier tournant intervient au début des années 1980 avec l’attribution de deux places au continent. L’Algérie et le Cameroun ouvrent alors la voie à une nouvelle génération. Le véritable changement arrive en 1998, lorsque la FIFA accorde cinq places à l’Afrique sous l’impulsion de l’ancien président de la CAF, Issa Hayatou.
En 2010, l’organisation du Mondial en Afrique du Sud permet à six nations africaines de participer. L’édition 2026 marque l’aboutissement de cette progression avec dix représentants qualifiés.

Cette évolution entre également dans la réforme menée par Gianni Infantino, qui a élargi la compétition à 48 équipes. Mais au-delà des considérations politiques, cette édition reflète surtout la montée en puissance du football africain.
Sur le plan sportif, jamais le continent n’a présenté un plateau aussi dense. Le Maroc, demi-finaliste historique en 2022, arrive avec le statut de référence africaine. À ses côtés, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte incarnent l’expérience et la maturité tactique du football maghrébin. Ces sélections ne viennent plus simplement pour participer, elles ambitionnent d’aller loin.
L’Afrique de l’Ouest conserve également son poids historique. Le Sénégal demeure l’une des équipes les plus redoutées du continent grâce à son expérience et à sa culture de la gagne. La Côte d’Ivoire arrive portée par une dynamique positive, tandis que le Ghana reste une nation habituée aux grands rendez-vous. Le Cap-Vert, révélation de ces dernières années, apporte une touche de fraîcheur et d’audace.
Dans le même temps, l’Afrique du Sud retrouve progressivement son rang sur la scène continentale, tandis que la République démocratique du Congo complète ce contingent historique après une qualification obtenue au terme d’un parcours remarquable.
Cette présence massive confirme également la valeur des joueurs africains. Les talents issus de la diaspora choisissent de plus en plus tôt leurs sélections d’origine, tandis que les structures locales continuent de se professionnaliser.
Aujourd’hui, le continent dispose non seulement d’un immense réservoir de talents, mais aussi de techniciens compétents et de projets sportifs plus solides qu’auparavant.
Cependant, l’enthousiasme ne doit pas masquer certains défis. L’histoire du football africain a souvent été marquée par des problèmes administratifs, des conflits autour des primes ou des difficultés logistiques. Avec dix équipes engagées, les risques sont multipliés. Les fédérations et les autorités sportives devront faire preuve d’un professionnalisme irréprochable afin d’offrir aux joueurs les meilleures conditions possibles.
Le nouveau format de la compétition imposera également une forte exigence. Chaque match comptera et la moindre erreur pourrait coûter cher. Des sélections comme le Maroc ou le Sénégal affichent ouvertement leurs ambitions de rejoindre le dernier carré, voire de viser une finale historique. Pour d’autres nations, franchir le premier tour constituerait déjà une performance majeure.
À quelques jours du coup d’envoi, l’excitation est palpable dans tout le continent. De Dakar à Kinshasa, de Rabat au Caire, les supporters rêvent de voir l’Afrique franchir un nouveau cap. Pour la première fois, le continent ne place pas ses espoirs sur une ou deux sélections capables de créer l’exploit. Il dispose de dix chances d’écrire l’histoire.
La question n’est donc plus de savoir si l’Afrique a sa place parmi les grandes nations du football mondial. La véritable interrogation est désormais de savoir jusqu’où elle peut aller.
En 2026, le continent semble avoir toutes les raisons de rêver plus grand que jamais.
Josaphat Mayi


