Il y a des discours qui marquent une salle. Et puis il y a des paroles qui traversent les consciences. Lors de la célébration anticipée de la Journée internationale des droits des femmes à l’Université Catholique « Omnia Omnibus » ce mercredi 4 mars 2026, l’intervention d’Anny T. Modi a laissé une empreinte profonde, presque silencieuse, mais durable.
Activiste engagée dans la défense des droits des femmes et coordinatrice de l’ONG Afia Mama, Anny Modi est venue rappeler une vérité souvent esquivée selon laquelle l’égalité n’est pas une faveur accordée aux femmes, c’est un droit fondamental qui conditionne l’équilibre de toute la société.
« Permettez-moi de commencer par un constat qui doit nous interpeller : une femme sur trois dans le monde subira au cours de sa vie une forme de violence basée sur le genre », a-t-elle interpellé l’assistance dès les premières minutes.
Au-delà d’être une statistique abstraite, le chiffre, cité par les Nations Unies, est le reflet d’une réalité qui traverse les familles, les quartiers, les institutions.
« Les violences que nous dénonçons ne sont pas des réalités lointaines », a-t-elle insisté, ajoutant qu’elles existent ici, maintenant, dans nos sociétés.
Son intervention entre dans le sous-thème consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais loin de réduire la femme à une posture de victime, Anny Modi choisit de mettre en lumière la force et la capacité de reconstruction.
Elle a partagé alors une expérience personnelle vécue dans l’Est de la République démocratique du Congo, auprès des femmes déplacées par les conflits armés. Elle a évoqué une mère qui avait tout perdu : sa maison, ses biens, ses repères. Et pourtant, au cœur de ce désastre, cette femme lui a confié une phrase qui devient le fil conducteur de son allocution.
« Nous ne voulons pas seulement survivre. Nous voulons reconstruire nos vies », a-t-elle repris, une phrase qui résume la dignité des femmes congolaises.
« Les femmes ne sont pas seulement des victimes des crises, elles sont aussi des actrices de résilience et de transformation sociale », a-t-elle affirmé.
Anny Modi inscrit son intervention dans le thème international porté par ONU Femmes cette année : « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. » Trois mots qu’elle décrit comme les piliers indispensables d’une société équilibrée.
« Les droits des femmes sont des droits humains », a-t-elle martelé.
Pourtant, malgré les textes et les engagements internationaux, les obstacles persistent. Les normes sociales discriminatoires, la peur de dénoncer, la stigmatisation des victimes et parfois la fragilité des institutions judiciaires freinent l’accès réel à la protection.
La République démocratique du Congo dispose d’instruments juridiques solides. La Constitution consacre l’égalité entre les femmes et les hommes. Le pays a ratifié des conventions majeures telles que la CEDAW et le Protocole de Maputo. Mais elle a posé la question essentielle : que valent les textes sans application effective ?
« Garantir les droits des femmes signifie que chaque femme, qu’elle vive à Kinshasa, en milieu rural ou dans une zone affectée par les conflits, puisse réellement bénéficier de ces droits », a-t-elle précisé.
Pour la coordinatrice d’Afia Mama, la justice ne peut rester théorique. Lorsqu’une femme subit une violence, elle doit pouvoir trouver protection, réparation et écoute. Sans cela, l’État de droit demeure incomplet.
Mais Anny Modi ne s’arrête pas au diagnostic. Elle appelle à l’action collective. Pour elle, l’égalité ne se construira pas uniquement à travers des discours commémoratifs. Elle exige des politiques publiques efficaces, des institutions responsables et une mobilisation active des citoyens.
Elle accorde une place particulière à la jeunesse universitaire. Les étudiantes et étudiants présents ne sont pas, selon elle, de simples spectateurs d’un débat social. Ils seront demain juristes, décideurs, entrepreneurs, enseignants. Les valeurs qu’ils adoptent aujourd’hui façonneront les institutions de demain.
« L’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas seulement une question qui concerne les femmes. C’est une question qui concerne toute la société », a-t-elle rappelé.
Le chemin vers l’égalité est encore long, reconnaît-elle. Les violences persistent, les inégalités subsistent. Mais le changement est possible lorsque les institutions, la société civile et la jeunesse travaillent ensemble.
« L’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas seulement une question de justice sociale ; c’est une condition essentielle pour construire des sociétés pacifiques, démocratiques et durables », a-t-elle clos son intervention.
À Omnia Omnibus, son discours était un appel à la cohérence entre les principes et les actes, un rappel que la dignité humaine ne se fragmente pas et que sans justice pour les femmes, il ne peut y avoir ni stabilité, ni développement véritable.
Lydia Mangala


