Dans la lumière feutrée d’Ingenious City, incubateur devenu l’un des principaux hubs de l’innovation à Kinshasa, Pascal Kanik, Directeur Général de Schoolap Group, a tenu, ce mercredi 25 février 2026, une keynote et une masterclass d’une intensité rare, invitant les jeunes entrepreneurs et étudiants à réfléchir sur le sens profond de l’entrepreneuriat.
« L’entrepreneuriat, c’est le désert avant l’oasis », a-t-il déclaré, résumant ainsi les obstacles, sacrifices et leçons qui jalonnent toute aventure entrepreneuriale authentique.
Quitter le confort pour la mission : l’appel de l’entrepreneuriat
Dès les premières minutes, Pascal Kanik a partagé son parcours personnel, sans fard, révélant le choix audacieux qu’il avait fait de quitter un emploi confortable chez Vodacom, où il percevait près de 2 000 dollars par mois, pour suivre sa mission.
« J’avais des responsabilités, des projets innovants et des prix du meilleur employé, mais je sentais que ma vie manquait de sens », a-t-il confié.
Selon lui, entreprendre ne se mesure pas à la sécurité financière ou à la reconnaissance sociale, mais à la mission que l’on se donne et à l’impact que l’on souhaite créer.
Pour Pascal Kanik, la clé de la réussite ne réside pas dans l’idée mais dans la mission. Il a insisté sur le fait que comprendre sa vocation et ce qui nous motive profondément est plus difficile que de générer une idée.
« L’idée peut surgir à tout moment, mais la mission est ce qui structure le projet, guide les décisions et soutient face aux moments de doute », a-t-il expliqué.
Il a raconté avoir vécu sans domicile fixe pendant près de six mois, subissant moqueries, rejets et pressions sociales, mais restant fidèle à sa vision.

« L’entrepreneuriat, c’est le désert avant l’oasis. Si vous aimez le confort, ce n’est pas pour vous », a-t-il averti, soulignant l’importance de la discipline, de la résilience et de la persévérance.
« L’entrepreneuriat, ce n’est pas la gloire ou la visibilité. Beaucoup ont commencé en cherchant à être des stars. Ils ont disparu. Si vous entreprenez pour être vu, vous allez abandonner », a-t-il ajouté.
L’internationalisation et la culture du travail
L’expansion de Schoolap au-delà de la RDC montre l’importance de l’adaptation et de la persévérance. L’entreprise, qui a commencé dans une petite salle à Kinshasa, est aujourd’hui une entreprise multimillionnaire présente en Afrique de l’Est et de l’Ouest, notamment au Kenya, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Burkina Faso, ainsi qu’à Dubaï.
« Pour réussir dans un nouveau pays, il faut identifier les bonnes personnes, adapter la solution au contexte et comprendre la discipline de travail locale », a-t-il expliqué.
Pascal Kanik a tenu à rappeler que Schoolap est née des jeunes formés dans les institutions congolaises telles que l’ISIPA, l’Université de Kinshasa et la Faculté catholique, et qu’aujourd’hui plus de 200 écoles privées au Kenya utilisent la plateforme. Des collaborateurs français font également partie de l’équipe, démontrant que l’innovation congolaise peut rayonner à l’international.
Selon lui, être un excellent employé avant de devenir entrepreneur est indispensable. La discipline, la rigueur et la crédibilité personnelle sont les piliers qui convainquent investisseurs et partenaires de soutenir un projet. Il a partagé l’exemple de ses premiers investisseurs qui ont financé Schoolap à hauteur de 600 000 dollars sans hypothèque ni chiffre d’affaires, simplement parce qu’ils avaient confiance dans sa vision et son parcours.

« La réussite commence par un engagement total et non par la promesse de profits immédiats », a-t-il affirmé.
Pascal Kanik a également souligné que l’humilité et l’écoute sont essentielles dans l’entrepreneuriat. Il a expliqué que la célébrité et la reconnaissance peuvent piéger un entrepreneur, qui peut croire qu’il sait tout. Guy-José Leto, cofondateur de Schoolap, a renforcé ce point en expliquant que la cohésion et la clarté des rôles au sein d’une équipe sont vitales pour progresser et maintenir une dynamique performante.
Témoignages et interventions des partenaires
Tout au long de la journée, les interventions des partenaires ont renforcé le message de Pascal Kanik.
Alexis Indenge, fondateur d’Ingenious City, a rappelé qu’un peu de folie et de courage est nécessaire pour entreprendre.
« Il faut un peu de folie pour entreprendre. Quand Pascal a quitté Vodacom, beaucoup pensaient qu’il était fou. Mais oser est la première étape de tout succès entrepreneurial », a-t-il affirmé.
Dominique Migisha, Coordonnateur de l’Agence pour le Développement du Numérique, a souligné que la persévérance et la stratégie permettent de surmonter les obstacles institutionnels en RDC.
« Sans un cadre favorable, il est très difficile de faire avancer le numérique et l’entrepreneuriat en RDC. Pascal Kanik montre que la persévérance combinée à la stratégie peut surmonter les obstacles », a-t-il reconnu.

Shary Lima, coordinatrice et hub manager d’Ingenious City, a présenté l’incubateur comme une plateforme de transformation, où les projets répondant à de vrais besoins de la société reçoivent les ressources nécessaires pour se développer.
Une masterclass pour transformer les contraintes locales en opportunités globales
Lors de la masterclass, Pascal Kanik a répondu aux questions liés au onde des startups, au concept de phygital et à la nécessité de surmonter les risques avec peu de moyens. Il a insisté sur l’importance de la formation et de l’étude des expériences d’autres startups avant de se lancer. Selon lui, entreprendre en RDC est une opportunité unique, car beaucoup reste à construire, et commencer ici peut ouvrir des portes sur d’autres marchés africains et internationaux.
« La RDC n’est pas un pays perdu. La jeunesse congolaise n’est pas inutile. Du Congo, on peut construire quelque chose qui touche le monde », a-t-il affirmé, soulignant que la créativité et l’humilité restent des moteurs essentiels.

Pour Pascal Kanik, entreprendre n’est pas un chemin de gloire ni de célébrité, mais un engagement profond pour créer un impact réel. Il a rappelé que la réussite nécessite de payer le prix de l’effort, de la souffrance et du sacrifice, mais que la récompense est durable pour ceux qui persistent. Schoolap Academy, qu’il a présentée, permettra aux jeunes de se former et de relier les opportunités locales à l’écosystème international.
Il a donc a invité les jeunes Congolais à oser, à rester humbles et disciplinés, à mettre la mission avant l’idée et à se concentrer sur l’impact social. Ingenious City et Schoolap Group réaffirment ainsi leur rôle central dans la formation, l’accompagnement et l’inspiration de la jeunesse congolaise, transformant chaque idée en moteur potentiel de développement social et économique.
Lydia Mangala


