Après deux jours particulièrement denses, marquées par des échanges de haut niveau autour de la ville durable, des mines, de l’énergie et la logistique, la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa (SFK9) s’est achevée ce vendredi 24 avril 2026 au Pullman Kinshasa Grand Hôtel. Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie franco-congolaise (CCIFC), en partenariat avec l’ambassade de France en RDC, cette édition a confirmé son statut de plateforme majeure de dialogue économique entre la République démocratique du Congo et la France.
La première journée avait d’abord ouvert la réflexion autour de la ville durable et des industries extractives, deux piliers essentiels de la transformation structurelle de la RDC. Les échanges ont notamment mis en lumière les projets de développement urbain durable, à l’image de la future extension de Kinshasa vers Maluku et des initiatives de modernisation de certaines villes secondaires comme Boma, pensées dans une logique d’urbanisation maîtrisée, intégrant les enjeux environnementaux, sociaux et économiques.
Dans le même élan, les discussions autour du secteur minier ont rappelé le rôle stratégique des ressources naturelles du pays, tout en insistant sur la nécessité de renforcer la traçabilité, la transformation locale et la gouvernance afin de faire de ces richesses un véritable levier de développement national.
La deuxième journée, quant à elle, s’est concentrée sur les enjeux énergétiques et logistiques, deux domaines indissociables du développement économique. Les débats sur la décennie de l’électrification ont mis en évidence le potentiel énergétique colossal de la RDC, estimé à plus de 100 000 MW mais encore largement sous-exploité, ainsi que l’urgence d’accélérer l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire.
Dans la continuité, les échanges sur la logistique et les corridors de transport ont révélé la complexité du désenclavement du pays, décrit comme un véritable continent au cœur de l’Afrique, tout en soulignant la nécessité de structurer des corridors de développement efficaces afin de fluidifier les échanges, réduire les coûts de transport et renforcer l’intégration économique nationale et régionale.
C’est dans ce prolongement que la troisième journée a élargi la réflexion autour de l’environnement et le numérique, confirmant ainsi l’approche transversale et systémique de cette édition.

La journée a débuté avec la conférence environnement, modérée par Véronique Kayembe, structurée autour de deux grandes thématiques notamment la gestion des forêts primaires, des CFCL, l’assainissement, l’économie circulaire, la réglementation et les mécanismes de financement, ainsi que l’assainissement urbain dans une approche d’économie circulaire et d’urbanisme durable.
Les interventions ont mis en lumière les défis persistants liés à la gestion environnementale en RDC, notamment en milieu urbain. Alain Huart, expert indépendant en développement rural, Alexis Yuma, Directeur de programme à la DGPA, Soleil Kiangudia du Groupe LEDYA, Alexander Bamanisa, Directeur général de Clean Plast, et Alain NzamBa, Directeur général du bureau d’études Verts, ont chacun insisté sur la nécessité de renforcer les politiques publiques et d’organiser davantage les filières de traitement des déchets.

Dans une intervention particulièrement structurante, Jean-Marie Nyolo, conseiller au collège Environnement, Urbanisme et Mobilité à la Présidence, a rappelé que la gestion des déchets repose sur une responsabilité partagée entre le pouvoir central, les provinces et les communes.
« Si la ville de Kinshasa veut avancer, elle doit d’abord structurer un système ouvert de gestion des déchets, basé sur la transparence et la concurrence, tout en éduquant les populations aux bons gestes environnementaux », a-t-il souligné.
Il a également plaidé pour la création de centres de transit dans chaque commune afin d’optimiser la chaîne de collecte et de traitement.

Dans la continuité, Hervé Conan, Directeur de l’Agence Française de Développement en RDC, a présenté le projet Topetola, une initiative pilote qui démarrera en septembre 2026. Ce projet vise à intégrer la gestion des déchets plastiques dans une logique économique et sociale, notamment dans les quartiers de N’danu, Salongo et Masina, particulièrement exposés aux inondations ayant causé de nombreuses pertes humaines en 2025. L’ambition est de structurer un système de collecte rémunéré, capable de générer des revenus pour les populations locales tout en réduisant l’impact environnemental.
Dans le même registre, Elysée Kayembe, responsable du traitement des eaux usées à Bracongo, a rappelé l’importance de la préservation des ressources en eau, expliquant les mécanismes de traitement industriel permettant de rejeter une eau conforme aux normes dans le fleuve Congo. Il a insisté sur le fait que, malgré la richesse en eau du pays, la pression mondiale sur les ressources hydriques impose une gestion rigoureuse et responsable.
La conférence numérique a ensuite pris le relais avec une réflexion sur la transformation digitale de la RDC, modérée par Albert Kabeya, consultant senior et président de Brain Consulting Services. Les échanges ont porté sur la construction d’un écosystème numérique souverain et inclusif, dans un contexte où la RDC ambitionne de devenir une nation digitale dans les trois prochaines années.
Tony Munongo, conseiller principal du Premier ministre en charge du numérique, a souligné les avancées du pays en matière de régulation, notamment avec la mise en place d’un nouveau Code du numérique et un partenariat stratégique de 500 millions de dollars avec la Banque mondiale et l’AFD.

« Il faudrait situer clairement le niveau actuel du pays pour mieux définir les ambitions futures en matière de transformation digitale », a-t-il insisté.
Christian Katende, Président de l’ARPTC, a évoqué les efforts en cours pour étendre la connectivité aux zones rurales, notamment grâce à de nouveaux partenariats technologiques, tandis que Laure de La Raudière, Présidente de l’ARCEP France, a plaidé pour un cadre réglementaire stable, incitatif et prévisible, capable de stimuler les investissements privés. Elle a également insisté sur l’importance de la publication des indicateurs de qualité de service et de la portabilité des opérateurs pour améliorer la concurrence.

Du côté du secteur privé, Gailord Kitoko, représentant d’Orange RDC, a mis en avant les enjeux de souveraineté numérique et les efforts déjà engagés avec la mise en place de trois data centers. Il a toutefois rappelé que près de 70 % de la population reste encore exclue de l’accès à internet, soulignant l’ampleur des défis mais aussi des opportunités d’investissement.
Isaac Lukama Nkunzi, chargé de mission numérique et mobilité à l’AFD, a insisté sur la formation des ressources humaines comme pilier central de la transformation digitale. Trésor Nsuadi, représentant de SEGUCE, a quant à lui présenté les avancées en matière de traçabilité et de digitalisation des opérations d’exportation, renforçant la transparence du commerce extérieur.

Enfin, Patrick Bofunda Ilingo, Directeur Afrique de TV5 Monde, a clôturé les échanges numériques en soulignant l’importance de la diffusion de contenus éducatifs et francophones adaptés aux réalités africaines, à travers des plateformes comme TV5Monde Edu et TV5Monde Plus, tout en mettant en avant les programmes dédiés à l’entrepreneuriat et à l’innovation.
Il y’a également eu une masterclass sur la motivation et la performance intitulée « Activer ce qui donne de l’énergie » qui a été organisée afin de permettre d’ouvrir une parenthèse orientée vers le capital humain et la performance individuelle et collective. Animée autour de l’idée d’accélérer la performance en identifiant et en activant les véritables sources d’énergie, cette session a mis en avant la responsabilisation accrue, la fluidité opérationnelle et la rétention des talents comme leviers essentiels de transformation.

En parallèle, deux ateliers ont complété cette journée : un atelier consacré aux innovations éducatives dans l’usage du numérique en RDC, et un autre dédié aux industries culturelles et créatives, confirmant la volonté d’intégrer les dimensions sociales, éducatives et culturelles dans la transformation économique du pays.
La fermeture des stands des entreprises partenaires a ensuite marqué la fin des activités formelles, avant un cocktail de clôture sur invitation, moment de networking et de consolidation des relations entre acteurs publics, privés et institutionnels.
Au terme de ces trois journées, la SFK 2026 s’impose plus que jamais comme un espace stratégique de construction de partenariats entre la France et la RDC. Au-delà des conférences, panels et ateliers, c’est la vision d’un développement fondé sur la transformation locale, la durabilité, la souveraineté technologique et l’innovation s’est dessinée.
Depuis sa création en 2014, la Semaine française de Kinshasa s’affirme ainsi comme un catalyseur de coopération économique. Cette 9ᵉ édition, particulièrement riche et multidimensionnelle, ouvre désormais une nouvelle étape dans les relations franco-congolaises, marquée par une volonté partagée de passer du dialogue aux projets concrets, structurants et durables.
Lydia Mangala


