Dans l’amphithéâtre du Centre Wallonie-Bruxelles, ce mardi 21 avril 2026, étudiants, chercheurs, entrepreneurs et responsables institutionnels ont assisté à l’ouverture des « Rencontres de l’IA », un événement consacré à l’intelligence artificielle et à ses applications concrètes dans le développement, l’entrepreneuriat et l’innovation.
L’initiative, portée par la Délégation générale Wallonie-Bruxelles et la Délégation Générale à la Francophonie, se déroule jusqu’au mercredi 22 avril, en présentiel et en ligne.

David Thonon, Délégué général de Wallonie-Bruxelles, a officiellement ouvert les travaux.
« C’est à nous de bouger, de prendre en main ces outils, à une seule condition qu’ils soient utiles pour vous et pour nous », a-t-il affirmé, appelant à une appropriation concrète des technologies.

Christian Mwanya, représentant de Kadea Software, a insisté sur la transformation du marché du travail.
« L’intelligence artificielle ne supprime pas seulement des emplois, elle redéfinit les règles du jeu. Cette transformation ne sera bénéfique que si nous préparons les talents à cette réalité », a-t-il expliqué.

L’intervention de Léandre Miema, Délégué Général à la Francophonie a replacé les enjeux dans un cadre mondial.
« Les enjeux de l’intelligence artificielle dépassent les États. Ils nécessitent une réponse collective, basée sur la coopération internationale pour une IA bénéfique aux populations », a-t-il déclaré.
« Nous sommes encore dans une phase où personne ne maîtrise totalement l’intelligence artificielle », a-t-il ajouté.

Du côté du secteur privé, Djedje Kingula, responsable du pilier Agriculture et Alimentation d’Equity Foundation, a attiré l’attention sur la préparation des jeunes générations.
« Nous sommes à la croisée des chemins. À l’horizon 2030, l’intelligence artificielle sera un enjeu central pour nos pays et nos entrepreneurs », a-t-il affirmé.

« L’innovation n’a de sens que si elle est au service de l’humain », a-t-il rappelé, insistant sur l’importance d’accompagner les jeunes à travers des programmes structurés d’apprentissage et d’entrepreneuriat.

C’est donc après ces mots successifs que la conférence inaugurale, consacrée à « Intelligence artificielle et développement mondial : perspectives et enjeux à l’horizon 2050 », a débuté, marquant une tournure importante dans les échanges.
Animée par Melshor Essomassor, expert en marketing digital et transformation numérique, aux côtés de Junior Ngageli, Deputy CTO chez Kadea Software.
Dans son intervention, Melshor Essomassor explique que l’intelligence artificielle transforme profondément la nature même du travail intellectuel. Il décrit un monde dans lequel la production cognitive est de plus en plus accélérée et automatisée.
Il a souligné que la valeur ne réside plus dans la simple production de contenus, mais dans la capacité à se différencier dans un environnement saturé.
« Quand le brouillon devient gratuit, la valeur migre ailleurs », a-t-il expliqué, posant la question de ce qui reste véritablement rare chez l’humain.

Abordant les limites des systèmes intelligents, il a insisté qu’il faut être vigilant face à la confiance excessive accordée aux contenus générés automatiquement. Selon lui, le danger réside moins dans l’erreur elle-même que dans sa forme convaincante.
« Le danger n’est pas l’erreur, mais l’erreur élégante », a-t-il averti, appelant à un esprit critique renforcé face aux outils numériques.
Il a également rappelé que l’intelligence artificielle n’est pas une intelligence autonome, mais un amplificateur des capacités humaines.
« L’IA n’est pas une intelligence de remplacement, mais un amplificateur », a-t-il affirmé, insistant sur la responsabilité individuelle dans son usage.

Son analyse a également porté sur les mutations structurelles telles que la compression de l’expérience professionnelle, la disparition progressive des barrières linguistiques, l’accélération de la recherche scientifique, la montée des systèmes autonomes et la compétition mondiale autour de la puissance de calcul.
Dans cette perspective, il a averti que les choix technologiques actuels détermineront la place des nations dans les décennies à venir.
« Si nous ne choisissons pas, nous avons déjà choisi par défaut », a-t-il déclaré.

De son côté, Junior Ngageli, Directeur technique adjoint chez Kadea, a proposé une approche plus technique et pédagogique. Il a rappelé que l’intelligence artificielle ne débute pas avec les outils récents, mais remonte à plusieurs décennies de recherche.
Il a expliqué la différence entre algorithmes traditionnels et modèles d’apprentissage, précisant que ces derniers ne se contentent pas d’exécuter des règles, mais apprennent à partir de données.
Il a notamment clarifié que les systèmes d’IA sont déjà intégrés dans de nombreux usages quotidiens, des plateformes de streaming aux services bancaires, sans que les utilisateurs en aient toujours conscience. Il a toutefois insisté sur les limites de ces technologies. Les modèles peuvent produire des erreurs, mal interpréter des contextes locaux ou générer des contenus inexacts.

D’où la nécessité de poser des questions essentielles avant toute utilisation : quel problème cherche-t-on à résoudre, les données sont-elles fiables, et comment les résultats seront-ils exploités ?

Plusieurs ateliers ont ensuite approfondi ces réflexions. Dora Muanda Kembadio a mis en avant les usages de l’IA dans les sciences et la recherche, tandis que Serge Mpatha Muanza a exploré son impact dans les industries culturelles et créatives.
Pour cette première journée, il faut retenir que l’intelligence artificielle n’est plus une projection abstraite, mais une réalité déjà ancrée dans les usages quotidiens, de la santé aux finances, en passant par l’éducation et les médias.
Ces échanges ont démontré que la compréhension et la maîtrise de ces outils deviennent essentielles pour ne pas subir les transformations en cours.

Au fil des interventions, il a été constaté que le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans la capacité à former, structurer et organiser un écosystème capable de l’exploiter de manière pertinente et responsable. Il ne s’agit plus seulement d’observer les mutations, mais d’y prendre part activement.
La suite des travaux, prévue pour le mercredi 22 avril, sera consacrée à des ateliers pratiques, des démonstrations concrètes et des échanges approfondis autour de la cybersécurité, de l’analyse de données ainsi que des cas d’usage dans les entreprises et les institutions, pour transformer les réflexions en actions et renforcer les compétences des participants.

Les « Rencontres de l’IA » ouvrent un espace de dialogue, d’apprentissage et de projection vers un avenir où l’intelligence artificielle ne sera pas seulement subie, mais comprise et utilisée comme un véritable levier de développement.
Lydia Mangala


