Dans le cadre des activités du mois dédié aux droits des femmes, une expérience peu ordinaire a été offerte aux étudiantes de la faculté Polytechnique de l’Université de Kinshasa. Ce mercredi 11 mars 2026, elles ont quitté les auditoires pour plonger dans l’univers stratégique de l’industrie pétrolière lors d’une visite pédagogique organisée sur le site d’ENGEN DRC, filiale du groupe Vivo Energy, dans la commune de Limete à Kinshasa.
Cette immersion d’une journée avait pour objectif de permettre aux futures ingénieures de comprendre concrètement la chaîne logistique des produits pétroliers, allant de la réception des carburants à leur stockage, en passant par les contrôles de qualité et la distribution vers les stations-service et les différents clients.
Au-delà d’une simple visite technique, cette initiative visait également à encourager la présence féminine dans un secteur encore largement dominé par les hommes.
Une industrie bien plus vaste qu’une station-service
Dès l’ouverture de la visite, la directrice Communication et Marketing d’ENGEN DRC, Rose Kandolo, a tenu à déconstruire une perception largement répandue selon laquelle ENGEN se limiterait aux stations-service.
« ENGEN n’est pas seulement une station-service. Comme vous pouvez le voir, nous avons déjà une empreinte panafricaine », a-t-elle expliqué aux étudiantes.
Elle a rappelé que le groupe Vivo Energy opère dans 28 pays africains et que les stations visibles par le public ne représentent qu’une petite partie d’un système logistique complexe impliquant stockage, distribution, approvisionnement et contrôle qualité.
Selon elle, le carburant suit un processus rigoureux avant d’arriver dans les stations.
« La station n’est donc qu’une partie de l’activité. ENGEN fait beaucoup de choses. Nous approvisionnons aussi les compagnies aériennes, ce qui montre que notre métier va bien au-delà du simple ravitaillement automobile », a-t-elle souligné.
La responsable a également insisté sur la dimension professionnelle du secteur, indiquant que les carrières y sont nombreuses pour les ingénieurs formés en Polytechnique.
Au cœur du dépôt : la logistique pétrolière expliquée aux étudiantes
La visite technique a été guidée par plusieurs responsables opérationnels du dépôt, notamment Isaac Lumbayi, chef de dépôt, Davidson Ngadi, assistant dépôt, et Gracia Mutulu, dispatcher.
Les étudiantes ont ainsi découvert les installations de stockage, les dépôts sous douane, les systèmes de sécurité et les différentes procédures administratives encadrant la réception des produits pétroliers.
Davidson Ngadi a expliqué que les produits importés sont d’abord placés dans des dépôts sous douane sous supervision de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA).
Il a détaillé les contraintes logistiques liées au traitement des conteneurs et aux délais imposés par les transporteurs.
« Lorsque les conteneurs arrivent, ils doivent être traités dans un délai précis. Si ce délai est dépassé, nous payons des pénalités appelées surestaries », a-t-il indiqué.
Il a également expliqué que le dépôt est organisé selon le type d’emballage, avec des espaces distincts pour les petits conditionnements comme les bidons et cartons, et d’autres pour les grands contenants tels que les fûts industriels.
Des normes de sécurité extrêmement strictes
Dans une industrie où les risques d’incendie sont permanents, la sécurité occupe une place centrale.
Les étudiantes ont pu observer les systèmes d’extinction d’incendie installés sur le site, ainsi que les dispositifs de mise à la terre utilisés lors des opérations de transfert de carburant afin d’éviter l’électricité statique.
Selon Isaac Lumbayi, ces mesures sont indispensables pour prévenir tout incident.
« Pour qu’un incendie se déclenche, il faut trois éléments notamment le combustible, l’oxygène et une source de chaleur. Tout notre travail consiste à empêcher que ces trois facteurs se rencontrent », a-t-il expliqué.
Le chef de dépôt a précisé que les incidents restent extrêmement rares sur le site.
« Le dernier cas d’incendie remonte à 2022 et il s’agissait d’un incident électrique très mineur, rapidement maîtrisé », a-t-il affirmé.
La gestion rigoureuse des livraisons et des stocks
Les étudiantes ont également découvert le fonctionnement des opérations de réception et de distribution des produits pétroliers.
Selon Gracia Mutulu, la validation des livraisons repose sur un système de traçabilité très strict.

« Lorsque le produit est livré, le chef de dépôt doit confirmer que la quantité et la qualité sont conformes. Une copie du document de livraison est conservée chez nous et une autre par la société, afin de garantir la traçabilité », a-t-elle expliqué.
Elle a précisé que plus de 90 % des produits d’Engen sont stockés à la SEP avant d’être redistribués vers les stations-service, les entreprises ou les clients particuliers.
Les activités commerciales d’Engen se structurent ainsi autour de trois catégories de clients notamment les stations-service du réseau, les entreprises (B2B) et les consommateurs directs (B2C).
Un laboratoire pour garantir la qualité du carburant
La visite s’est achevée au laboratoire du dépôt, où les étudiantes ont assisté à des démonstrations d’analyse de carburant dirigées par le responsable qualité produit, Serge Nkiambi.
Il leur a montré comment vérifier la conformité des produits pétroliers à l’aide de tests visuels, de mesures de densité et d’analyses thermiques.
« Les produits doivent être clairs et limpides, sans débris. Nous vérifions ensuite leur densité et leur température d’inflammation pour nous assurer qu’ils respectent les normes en vigueur en RDC », a-t-il expliqué.
Il a également sensibilisé les étudiantes aux risques sanitaires liés à la manipulation des produits pétroliers.
« Ces produits sont toxiques et potentiellement cancérigènes. C’est pour cela que nous devons toujours travailler avec des gants, des masques et des équipements de protection », a-t-il averti.
Encourager les femmes à investir les métiers industriels
Au-delà des aspects techniques, cette initiative visait aussi à inspirer les étudiantes et à promouvoir la place des femmes dans les métiers de l’ingénierie et de l’énergie.
Aujourd’hui, les femmes représentent environ 32 à 33 % du personnel d’ENGEN DRC, une proportion que l’entreprise souhaite continuer à augmenter.
Pour Rose Kandolo, ce type d’initiative est essentiel pour changer les mentalités.
« Notre industrie est encore perçue comme un secteur d’hommes, mais nous voulons montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent réussir ici », a-t-elle déclaré.
Elle a également rappelé que l’entreprise génère plus de 2 000 emplois directs et indirects, preuve de l’ampleur de l’écosystème économique qui entoure chaque station-service.
Une visite inspirante pour les étudiantes
Du côté des participantes, l’expérience a été largement saluée.
Étudiante en Master 1 en génie électrique à la faculté Polytechnique, Victoria Basemenane a souligné l’importance de ce type d’immersion professionnelle.
« À la faculté, nous sommes souvent focalisés sur la théorie. Ici, nous avons vu concrètement comment fonctionne toute la logistique derrière les produits pétroliers », a-t-elle confié.
Elle a également affirmé que la visite avait renforcé sa motivation à poursuivre une carrière dans ce domaine.
« Voir des femmes et des hommes gérer des opérations aussi complexes m’a beaucoup inspirée. Cela montre que les femmes peuvent réussir dans ces secteurs », a-t-elle ajouté.
De son côté, Gracia Mutulu, ancienne étudiante de Polytechnique devenue ingénieure et dispatcher chez ENGEN DRC, a encouragé les étudiantes à persévérer.
« Lorsque l’on a la passion et la détermination, il est possible de réussir dans n’importe quel domaine », a-t-elle affirmé au micro de Zolanews.
Elle a toutefois reconnu que les femmes doivent parfois redoubler d’efforts pour s’imposer.
« En tant que femme, il faut souvent fournir un effort double pour se faire accepter dans ce milieu », a-t-elle déclaré.
Une passerelle entre l’université et l’industrie
À travers cette initiative organisée dans le cadre du Mois de la Femme, ENGEN DRC a voulu créer un pont concret entre l’enseignement universitaire et le monde professionnel.
Pour les étudiantes de Polytechnique, cette immersion a permis de découvrir les multiples métiers de l’industrie pétrolière, de la logistique au contrôle qualité, en passant par la sécurité industrielle et la gestion des dépôts.
Une expérience qui, pour beaucoup d’entre elles, pourrait bien marquer le début d’une future carrière dans l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie congolaise.
Lydia Mangala



« ENGEN n’est pas seulement une station-service. Comme vous pouvez le voir, nous avons déjà une empreinte panafricaine », a-t-elle expliqué aux étudiantes.
« Pour qu’un incendie se déclenche, il faut trois éléments notamment le combustible, l’oxygène et une source de chaleur. Tout notre travail consiste à empêcher que ces trois facteurs se rencontrent », a-t-il expliqué.
« Notre industrie est encore perçue comme un secteur d’hommes, mais nous voulons montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent réussir ici », a-t-elle déclaré.
« À la faculté, nous sommes souvent focalisés sur la théorie. Ici, nous avons vu concrètement comment fonctionne toute la logistique derrière les produits pétroliers », a-t-elle confié.
« Lorsque l’on a la passion et la détermination, il est possible de réussir dans n’importe quel domaine », a-t-elle affirmé au micro de Zolanews.