Le restaurant Malamu a servi de cadre, le samedi 23 mai, à la première édition de « Consultation Day ». Portée par l’association Chez Salomey, cette initiative inédite a transformé un cadre habituellement dédié aux rencontres professionnelles en un véritable espace d’écoute, de partage et d’humanité. L’objectif était de lever le voile sur les tabous persistants autour de la santé mentale en République démocratique du Congo.
Dès l’ouverture, la modératrice Naomie Heniang a donné le ton avec justesse. Elle a rappelé que la santé mentale constitue le socle même de notre existence. Reconnaître ses fragilités n’est pas une faiblesse, mais un acte de lucidité.

« Si la tête ne va pas bien, toute la vie finit par s’effondrer », a-t-elle insisté, invitant chacun à considérer l’acceptation de ses failles comme une forme d’intelligence émotionnelle.

Prenant la parole, la fondatrice de l’association, Salomé Masamuna, est revenue sur la genèse de ce projet lancé en 2018. Elle a souligné que la santé mentale concerne tout le monde, des stress quotidiens liés à la vie à Kinshasa aux luttes invisibles que beaucoup mènent en silence.
« Demander de l’aide est une démarche responsable, comparable à un bilan de santé physique annuel », a-t-elle expliqué, insistant sur le fait que cet espace vise à faire de la parole une ressource et de l’écoute une responsabilité collective.
L’approche scientifique a été apportée par le Dr Gédéon Samba Nkanda, Directeur du Programme National de Santé Mentale (PNSM). Il a rappelé que la santé mentale ne se limite pas à l’absence de maladie, mais correspond à la capacité de faire face aux tensions normales de la vie. Il a également mis en garde contre la somatisation, ce phénomène par lequel la souffrance psychique finit par affecter le corps, réduisant ainsi l’espérance de vie.
Pour lui, la RDC doit investir davantage dans la formation du personnel médical et intégrer pleinement la santé mentale dans la couverture sanitaire universelle.
La question de la résilience dans le monde professionnel a également été abordée. Claude Tshiamala, représentant de l’ANADEC, a évoqué les réalités de l’entrepreneuriat, soulignant qu’il exige une « folie mesurée » et une gestion rigoureuse du stress. Il a encouragé les jeunes entrepreneurs à se former, à déléguer et à accepter l’échec comme une étape normale du parcours.
Marise Mwimpe, experte en événementiel, a insisté sur l’importance de connaître son « pourquoi ». Selon elle, réussir à Kinshasa implique de placer sa santé mentale au cœur de ses priorités.
« Si vous n’êtes pas au clair avec vos motivations profondes, la pression finira par vous consumer », a-t-elle averti, rappelant que la stabilité émotionnelle reste le meilleur rempart contre le découragement.

L’intervention de Gloria Kiaku, représentant la Nyota Rising Foundation, a permis d’élargir la réflexion aux réalités sociales. Elle a mis en lumière le lien étroit entre santé mentale et conditions de vie. À travers son travail auprès d’orphelins à la Gombe, elle démontre que l’accompagnement social et l’accès à l’éducation sont essentiels dans la reconstruction psychologique.
Les témoignages d’Alidor Muyaya et d’Elinio Makembo ont profondément marqué l’audience. Le premier a partagé son combat contre une dépression longtemps ignorée, qu’il a appris à traiter de manière scientifique. Le second est revenu sur un traumatisme vécu dans sa jeunesse, ainsi que sur les difficultés rencontrées durant son parcours académique à l’étranger. Leurs récits ont rappelé qu’être fort ne signifie pas être invincible.
La dimension numérique a également été abordée par le Dr Kris Betansedi, qui a analysé les mécanismes d’addiction aux réseaux sociaux. Il a expliqué comment les algorithmes exploitent le système de récompense du cerveau, créant une dépendance basée sur la dopamine et alimentant une comparaison sociale permanente. Il a invité les jeunes à reprendre le contrôle de leur rapport au numérique pour préserver leur équilibre mental.

Dans un moment d’échange interactif, Frantz-Riquier a invité les participants à réfléchir aux pressions invisibles qui pèsent sur la jeunesse. Il a encouragé une prise de conscience collective, en mettant en avant l’empathie et l’engagement social comme leviers pour retrouver du sens et une stabilité mentale et professionnelle.
La journée s’est achevée par des sessions de questions-réponses particulièrement enrichissantes, suivies de consultations privées avec des experts. Cette approche concrète a permis aux participants d’accéder à un accompagnement personnalisé.
Cet événement a surtout démontré qu’à Kinshasa, le moment est venu de briser le silence. La santé mentale ne doit plus être perçue comme un tabou, mais comme une priorité collective et citoyenne.
Joëlle Luniongo


