Dans un contexte marqué par une intensification des critiques contre la gestion économique du pays, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, choisit de répondre sans détour : non pas par les discours, mais par les indicateurs.
Dans un entretien accordé à un média local, son premier depuis le début de l’année 2026, l’argentier national rejette les accusations de « mirage macroéconomique » et revendique une approche fondée sur des résultats tangibles. « Les faits parlent plus fort que les slogans », affirme-t-il d’emblée.
Une inflation maîtrisée et une stabilité retrouvée
Parmi les principaux marqueurs avancés, l’évolution de l’inflation occupe une place centrale. À l’entrée en fonction du Gouvernement dirigé par la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka en juin 2024, le taux d’inflation en glissement annuel s’élevait à 22,8 %, après un pic de 23,4 % fin 2023. Dix-huit mois plus tard, il est ramené à 2,3 %, selon les données du ministère.
Une performance que Doudou Fwamba attribue à une meilleure coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, menée en étroite collaboration avec la Banque centrale du Congo. « Concrètement, les prix sur les marchés ont baissé, au bénéfice direct de la population », soutient-il.
Dans cette dynamique, les perspectives pour 2026 restent encourageantes, avec une croissance économique projetée à 5,6 %, dans un environnement marqué par une inflation contenue et une relative stabilité du taux de change.
Des tensions de trésorerie jugées conjoncturelles
Interpellé sur les retards de paiement des agents publics, le Ministre évoque des contraintes temporaires liées à la structure fiscale du pays. Il rappelle que les recettes majeures, notamment le paiement du solde de l’impôt sur les bénéfices professionnels, n’interviennent qu’à la fin du mois d’avril, créant des tensions récurrentes en début d’année.
À ces facteurs s’ajoutent les dépenses exceptionnelles liées à la situation sécuritaire dans l’Est du pays ainsi que certaines fluctuations monétaires. Malgré ce contexte, Doudou Fwamba se veut rassurant : « la situation est sous contrôle », avec une amélioration attendue après la rentrée fiscale d’avril 2026 et la reprise des exportations de cobalt.
Audit de la masse salariale : une réforme jugée nécessaire
Sur le dossier sensible de la masse salariale, le Ministre soutient pleinement l’initiative du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, visant à en auditer la structure. Celle-ci est passée de 840 milliards à près de 1 300 milliards de francs congolais.
Pour le Gouvernement, cette démarche vise à rationaliser les dépenses publiques et à dégager des marges budgétaires nécessaires à la mise en œuvre du programme d’action 2024-2028.
Des réformes structurelles pour transformer l’économie
Au-delà des indicateurs conjoncturels, le Ministre met en avant plusieurs réformes qu’il qualifie de structurantes. Parmi elles, la déconcentration de l’ordonnancement, attendue depuis plus d’une décennie, destinée à améliorer l’exécution des dépenses dans des secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.
Autre chantier majeur : la mise en place du compte unique du Trésor, censée renforcer la transparence et limiter les risques de détournement des fonds publics.
Sur le plan fiscal, la généralisation de la facture normalisée devrait permettre d’augmenter significativement les recettes de la TVA, avec un objectif estimé à près de 200 millions de dollars supplémentaires d’ici fin 2026.
Crédibilité renforcée à l’international
Le Ministre revendique également des avancées notables dans la lutte contre le blanchiment des capitaux. La RDC a validé 21 des 23 recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), contre seulement cinq à l’arrivée du Gouvernement en 2024. Une nouvelle loi en la matière a également été adoptée.
S’agissant des relations avec les partenaires internationaux, Doudou Fwamba écarte toute idée de dépendance. Les accords conclus avec le Fonds monétaire international, pour un montant global de 2,9 milliards de dollars, ainsi que les 600 millions mobilisés par la Banque mondiale, traduisent selon lui une confiance accrue dans la trajectoire économique du pays.
Cette perception est également confirmée par l’agence de notation Standard & Poor’s, qui a relevé en janvier 2026 la perspective de la note souveraine de la RDC de « stable » à « positive ». « Les agences de notation ne font pas de politique. Elles évaluent la discipline et la résilience économiques », insiste-t-il.
« L’histoire jugera les résultats »
À l’heure du bilan, le Ministre assume pleinement les choix opérés par le Gouvernement. Une ligne fondée sur des réformes structurelles, parfois impopulaires, mais jugées indispensables pour stabiliser et transformer l’économie congolaise.
« Nous avons fait le choix des réformes difficiles mais utiles, plutôt que des discours faciles mais stériles », conclut-il, avant de livrer une conviction qui résume sa vision :
« L’histoire économique de la RDC ne retiendra pas les cris, mais les résultats. »
Joséphine Mawete


