Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution de 2006 a quitté les amphithéâtres des facultés de droit pour s’inviter, avec fracas, dans l’arène publique. Au cœur de cette controverse, la « carte blanche n°208 » de l’acteur politique Steve Mbikayi apporte un éclairage singulier. Son diagnostic est sans appel : la loi fondamentale ne serait qu’un vestige de transition et non l’expression achevée de la souveraineté nationale.
Pour Steve Mbikayi, il est temps de déconstruire le mythe entourant la Constitution actuelle. Sans nier son rôle historique crucial dans la stabilisation d’une RDC meurtrie par des années de rébellions et d’arrangements politiques précaires, il souligne une faille originelle. Selon lui, les circonstances de son adoption en 2006, marquées par des compromis entre belligérants plutôt que par un élan démocratique pur, en font un texte « de transition » par nature.
L’argument central de l’homme politique repose sur la question de la légitimité démocratique. Il oppose la rigueur des juristes, attachés à la lettre du texte pour verrouiller toute réforme, à la réalité historique du pays. Pour Mbikayi, une Constitution ne peut être considérée comme immuable que si elle est issue d’une assemblée constituante élue au suffrage universel. Or, il estime que la Constitution de 2006, bien qu’utile en son temps, ne dispose pas de cette assise populaire fondamentale.
En analysant l’histoire constitutionnelle congolaise, de Luluabourg à la Conférence nationale souveraine, Mbikayi identifie une trajectoire récurrente : les textes fondamentaux naissent souvent dans l’urgence des crises et finissent par s’effondrer sous le poids de leur propre fragilité. En qualifiant la Constitution de 2006 d’ultime maillon de cette chaîne, il appelle à une rupture avec ce cycle de « légitimités fragiles ».
La proposition est claire : il faut ouvrir un nouveau cycle. Steve Mbikayi plaide pour l’élaboration d’un texte fondamental qui ne serait plus le résultat d’un compromis de sortie de crise, mais celui d’une volonté populaire claire et assumée. Cela impliquerait, selon lui, une constituante issue des urnes, un référendum populaire et une promulgation par un président à la légitimité incontestable.
Cette prise de position intervient dans un climat politique sensible, alors que les spéculations se multiplient sur l’avenir institutionnel du pays et un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi. En invitant le peuple congolais à se saisir de ce débat, Steve Mbikayi transforme une question technique en enjeu de souveraineté nationale.
Le véritable défi, conclut-il, n’est pas de savoir si la Constitution de 2006 est modifiable, mais de déterminer si le pays est prêt à clore, enfin, le chapitre des transitions pour écrire celui d’une démocratie pleinement assumée.
Joëlle Luniongo


