La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a procédé, ce lundi 25 mai 2026 dans l’amphithéâtre de Silikin Village, à la projection officielle du film « Le Centre Électoral Bosolo – La vérité des urnes à visage découvert », avec l’objectif de documenter les avancées du processus électoral congolais tout en répondant aux interrogations persistantes sur la transparence des scrutins.
Devant un public composé d’acteurs politiques, de journalistes, d’observateurs électoraux et de membres de la société civile, le président de la CENI, Denis Kadima Kazadi, a articulé son allocution autour des résultats électoraux, une question qui demeure historiquement l’un des points les plus sensibles du processus démocratique en République démocratique du Congo.

« La question des résultats a toujours été au cœur des tensions électorales dans notre pays », a-t-il déclaré d’emblée.
Revenant sur les cycles passés, il a pointé des pratiques qui ont longtemps fragilisé la crédibilité des scrutins.
« Les résultats étaient publiés en bloc, sans détails, difficilement vérifiables, ce qui créait des frustrations et un climat de méfiance », a-t-il poursuivi.

Face à ces insuffisances, la CENI affirme avoir opéré une rupture méthodologique fondée sur le strict respect des normes légales et sur une volonté d’ouverture.
« La première approche, c’était simplement de respecter la loi », a insisté Denis Kadima, en référence à l’exigence de publication des résultats bureau de vote par bureau de vote.

« Nous avons choisi de rendre les résultats accessibles à tous, progressivement, et vérifiables par chaque citoyen », a-t-il ajouté.
Il a également mis en avant l’intégration du dispositif de publication sur les canaux officiels de l’institution.
« Nous avons fait le choix que les résultats soient disponibles sur notre propre site, consultables par tous, conformément à la loi », a-t-il affirmé, soulignant une avancée significative en matière de digitalisation et de transparence.

C’est dans ce contexte qu’a émergé le Centre électoral Bosolo. Conçu initialement dans le cadre du cycle électoral de 2023, ce dispositif a été officiellement consolidé et inauguré, sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi, dans sa version modernisée en décembre 2024, sur le site logistique de la CENI à Kingabwa, à Kinshasa. Il constitue aujourd’hui une infrastructure stratégique dédiée à la centralisation, au traitement et à la diffusion en temps réel des résultats électoraux.
« Nous avons voulu rompre avec une culture de suspicion en créant un espace ouvert où tout le monde peut suivre l’évolution des résultats », a expliqué le président de la CENI.

Inspiré notamment de modèles étrangers, en particulier sud-africains, le Centre Bosolo a été adapté aux réalités congolaises.
« Il ne s’agit pas de copier, mais de construire un système qui répond aux exigences de notre démocratie », a-t-il précisé.
Revenant sur la genèse du projet, il a souligné que cette innovation répondait aussi à une demande des acteurs politiques eux-mêmes.
« Les acteurs politiques ont exigé des résultats détaillés, et la CENI a été réceptive à cette exigence », a-t-il affirmé, insistant sur la responsabilité partagée dans la construction de la transparence électorale.

Le film projeté retrace précisément cette transformation. Il replonge le public dans les souvenirs des scrutins de 2006, 2011 et 2018, marqués par des tensions, des violences et une forte contestation des résultats. Des témoignages évoquent des villes paralysées, des populations cloîtrées chez elles, et une attente anxieuse dans un climat d’incertitude.
En contraste, le processus électoral de 2023 est présenté comme une étape marquée par des avancées notables en matière de transparence et d’apaisement.

« Nous avons documenté cette expérience pour montrer le progrès réalisé, pas pour nous justifier », a affirmé Denis Kadima.
Le Centre Bosolo apparaît ainsi comme un véritable hub électoral. Doté d’équipements modernes entre autres écrans géants, salles de presse, dispositifs audiovisuels et outils numériques, il permet aux journalistes, observateurs, acteurs politiques et partenaires internationaux de suivre en temps réel la compilation des résultats.

« Les journalistes, les candidats, les observateurs et même la communauté internationale ont été invités à suivre le processus en toute transparence », a-t-il précisé.
Le président de la CENI est également revenu sur certaines critiques ayant entouré les élections de 2023, notamment l’extension de la durée du vote dans certaines zones.
« Ce n’était pas une manœuvre, mais une nécessité logistique. Il fallait permettre à tous ceux qui n’avaient pas pu voter d’exercer leur droit », a-t-il expliqué.

« Ceux qui n’avaient pas pu voter devaient avoir une seconde chance. Si nous avions arrêté brutalement, certains citoyens auraient été privés de leur droit », a-t-il insisté, rejetant toute lecture politique de cette décision.
Dans une séquence plus appuyée, il a dénoncé certaines perceptions biaisées du processus électoral.
« Nous sommes un pays engagé sur la voie de la démocratie. Quand les choses ne marchent pas, il faut le dire. Mais quand elles évoluent positivement, il faut aussi le reconnaître », a-t-il lancé.
« On ne peut pas exiger la transparence et contester le mécanisme qui la rend possible », a-t-il ajouté.

Il a également insisté sur la nécessité de valoriser les progrès réalisés.
« Cette expérience mérite d’être documentée et présentée. Il est important que nous soyons fiers de ce que nous réalisons », a-t-il affirmé, soulignant que peu de pays parviennent à mettre en œuvre un système de publication aussi détaillé.
Le film met aussi en lumière le rôle du Centre Bosolo dans l’apaisement du climat électoral.
« Il ne s’agissait pas seulement d’assurer la transparence, mais aussi de contribuer à un processus électoral apaisé », a-t-il expliqué, estimant que cette innovation a permis de réduire les tensions liées à l’annonce des résultats.
Le film « Le Centre Electoral Bosolo – La Vérité des Urnes à visage découvert » se positionne ainsi comme un outil de mémoire et de pédagogie démocratique. À travers une narration mêlant archives, témoignages et séquences explicatives, il cherche à réconcilier les citoyens avec un processus électoral longtemps perçu comme opaque. Il ambitionne de transformer la manière dont les élections sont perçues et vécues en RDC.

Dans une perspective d’avenir, Denis Kadima a évoqué l’ambition d’étendre ce modèle.
« Nous voulons aller encore plus loin, jusqu’au niveau local, pour que chaque citoyen puisse accéder aux résultats de manière transparente », a-t-il annoncé.
Outre la présentation d’un outil technique, la CENI, par cette projection, vise à refonder la perception du processus électoral congolais, en mettant l’accent sur la transparence, l’accessibilité de l’information et la responsabilité partagée entre institutions, acteurs politiques et citoyens.
Le film « Le Centre Electoral Bosolo – La Vérité des Urnes à visage découvert » se présente ainsi comme un véritable instrument de pédagogie démocratique, mais aussi comme un acte assumé de communication institutionnelle destiné à restaurer une confiance durable dans un système longtemps décrié.

Dans un pays où la mémoire électorale demeure profondément marquée par des crises et des tensions récurrentes, cette initiative a pour but de réécrire le récit électoral national. Elle met en exergue les avancées réalisées tout en reconnaissant les défis persistants, intégrant ainsi la démocratie congolaise dans une trajectoire d’évolution.
En projetant ce film, la CENI affirme la vision d’un processus électoral en mutation, où la transparence ne relève plus du discours, mais d’une pratique appelée à se consolider dans le temps.
Lydia Mangala


