La récente annonce d’un projet de production d’eau en bouteille plastique par la Régie de distribution d’eau (REGIDESO) suscite déjà des réactions dans l’opinion publique. Parmi les voix qui se font entendre, celle d’Iris Nzolatima interpelle les autorités congolaises et appelle à une réflexion approfondie sur les conséquences environnementales d’une telle initiative.
Dans une tribune adressée notamment au président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, mais aussi aux élus nationaux et aux acteurs de la société civile, l’auteure invite les institutions à exercer leur pouvoir de contrôle afin d’obtenir davantage de clarifications sur ce projet porté par l’entreprise publique.
Selon elle, si la production d’eau en bouteille peut apparaître, à première vue, comme une opportunité pour valoriser les ressources nationales et renforcer l’industrie congolaise, plusieurs interrogations majeures demeurent sans réponse.
Iris Nzolatima rappelle que la question de la pollution plastique constitue déjà un problème majeur dans les grandes villes du pays, notamment à Kinshasa. Chaque saison des pluies met en évidence les conséquences de la mauvaise gestion des déchets plastiques entre autres caniveaux obstrués, inondations récurrentes et accumulation de détritus dans l’espace urbain.
« À Kinshasa, chaque saison de pluie raconte la même histoire : des caniveaux bouchés, des rues transformées en rivières et des maisons inondées. Une grande partie de ces blocages vient des bouteilles plastiques abandonnées », souligne-t-elle.
Dans ce contexte, la perspective d’une production massive d’eau en bouteilles plastiques par la REGIDESO soulève des inquiétudes quant à l’impact environnemental à moyen et long terme.
Au cœur de son interpellation, Iris Nzolatima évoque plusieurs préoccupations qui, selon elle, devraient être clarifiées avant toute mise en œuvre du projet.
Elle s’interroge notamment sur l’existence d’une étude d’impact environnemental, la mise en place d’un système national de recyclage des bouteilles plastiques, ainsi que sur les mécanismes de collecte et de gestion des déchets qui pourraient résulter d’une production industrielle à grande échelle.
Elle pose également la question du volume potentiel de bouteilles qui pourraient être mises en circulation sur le marché congolais et de la destination finale de cette production : sera-t-elle destinée principalement à la consommation locale ou à l’exportation ?
Pour elle, lancer une production massive de bouteilles plastiques sans stratégie nationale claire de recyclage pourrait, à terme, aggraver les défis environnementaux déjà visibles dans les centres urbains.
Dans sa tribune, Iris Nzolatima estime qu’il serait légitime que le Parlement s’empare de cette question afin d’obtenir des explications détaillées de la part des responsables concernés.
Elle évoque notamment la possibilité d’interpeller le directeur général de la REGIDESO ainsi que les responsables de l’Agence Congolaise de l’Environnement, institution chargée d’évaluer les impacts environnementaux des projets d’envergure.
Selon elle, ces autorités devraient être en mesure de présenter publiquement plusieurs éléments essentiels : l’étude d’impact environnemental du projet, le plan de recyclage des bouteilles plastiques, la stratégie nationale de gestion des déchets ainsi que les garanties prévues pour la protection de l’environnement.
Au-delà de la critique, l’interpellation d’Iris Nzolatima soulève la question de l’équilibre entre développement industriel et protection de l’environnement. La République démocratique du Congo, riche de ressources naturelles majeures, dont le fleuve Congo, se trouve aujourd’hui confrontée au défi de concilier croissance économique et préservation de son patrimoine écologique.
« Produire oui. Polluer non », insiste-t-elle, en appelant à un débat national impliquant autorités publiques, société civile et citoyens.
En conclusion, Iris Nzolatima invite les contribuables congolais à réfléchir collectivement à cette question : la RDC doit-elle produire massivement des bouteilles plastiques sans stratégie nationale de recyclage et sans plan environnemental clair ?
Un débat qui, selon elle, mérite d’être ouvert dès maintenant afin d’éviter que les ambitions industrielles d’aujourd’hui ne deviennent les crises écologiques de demain.
Lydia Mangala


