L’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, a clôturé ce vendredi 3 avril 2026 à Kinshasa un important hackathon législatif organisé dans le cadre du programme Talatala+. L’activité, qui s’est étendue sur deux jours, a été sanctionnée par une conférence de presse de restitution axée sur les résultats et propositions issues des travaux citoyens et parlementaires.
Cette initiative participative, conçue comme un espace de dialogue entre citoyens, experts, société civile et députés, s’est penchée sur une thématique particulièrement sensible : « Service militaire obligatoire en RDC : enjeux, faisabilité et perspectives citoyennes ».

Au cœur des échanges, la proposition de loi portant instauration du service militaire obligatoire, déposée par le député élu d’Uvira au Sud-Kivu, Claude Misare Mugomberwa, a été analysée sous différents angles, notamment sa faisabilité, ses implications sociales, économiques et sécuritaires, ainsi que son acceptabilité au sein de la population.

Les discussions ont réuni des députés, des experts, des acteurs de la société civile ainsi que des représentants de l’exécutif, autour d’une approche méthodique visant à transformer les préoccupations citoyennes en propositions parlementaires concrètes.
Le programme Talatala+, soutenu par le National Endowment for Democracy, ambitionne de renforcer l’implication directe des citoyens dans le processus législatif, en facilitant la co-construction de réformes à travers des hackathons législatifs.
Les travaux ont été organisés autour de trois groupes thématiques ayant formulé des recommandations précises. Le premier groupe s’est penché sur le recrutement, le champ d’application et les exemptions. Les participants ont notamment relevé les défis liés à l’état civil, à la localisation des recrues et aux risques d’infiltration. Ils ont proposé une décentralisation du recrutement, l’introduction de quotas, ainsi que l’intégration progressive de la formation militaire dans le système éducatif.
Le deuxième groupe a abordé les capacités, les infrastructures et le financement. Les débats ont mis en évidence l’insuffisance des infrastructures dans plusieurs provinces et les risques logistiques liés à une mise en œuvre immédiate. Parmi les pistes évoquées figurent la création de centres provinciaux, leur affiliation aux structures militaires existantes et la mise en place de mécanismes de traçabilité et de transparence des fonds.
Le troisième groupe s’est concentré sur la formation, les obligations et l’acceptabilité sociale. Les participants ont recommandé une durée de formation comprise entre 9 et 12 mois, l’introduction de modules spécialisés sur la logistique et le renseignement, ainsi qu’une meilleure clarification juridique des textes. Ils ont également insisté sur la nécessité de garantir les droits des conscrits et d’assurer une large consultation citoyenne.
À l’issue des travaux, quelques députés porteront les propositions issues du hackathon au sein du Parlement, dans le cadre du mécanisme des « champions parlementaires ». Ces derniers seront accompagnés par des binômes techniques pour assurer la formalisation et le suivi des initiatives.
Le député élu de la Circonscription électorale de Dibaya au Kasai Central, Aldos-Ali Tshitoko, a salué un exercice utile de contrôle parlementaire et de co-construction législative, tout en insistant sur la nécessité de renforcer la transparence budgétaire et les conditions humaines dans les centres de formation. Selon lui, cette réforme vise à constituer une réserve nationale capable de répondre aux menaces sécuritaires multiformes.
« Nous devons garantir que cette réforme ne soit pas seulement théorique, mais réellement applicable et humaine », a-t-il déclaré.

De son côté, le professeur Florentin Mutula, collaborateur parlementaire du député Claude Misare, a souligné l’importance de l’appropriation citoyenne et du patriotisme dans la réussite d’une telle réforme, estimant que l’efficacité de la loi dépendra de sa compréhension et de son acceptation par la population.
« Une réforme de cette ampleur ne peut réussir sans l’adhésion des citoyens », a-t-il affirmé.

Au-delà des propositions techniques, les organisateurs ont mis en avant la portée démocratique de l’initiative, qui s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre institutions et citoyens. Selon les responsables de Ebuteli, ce modèle permet de transformer les préoccupations du quotidien en initiatives législatives structurées et suivies.
Les résultats de cette édition seront accompagnés dans leur maturation parlementaire, avec un suivi assuré par des équipes mixtes composées d’anciens et actuels participants du programme Talatala+.
Avec ce hackathon, Ebuteli confirme son ambition de faire émerger une nouvelle culture législative en République démocratique du Congo, fondée sur la participation, la transparence et la co-construction des politiques publiques.
Lydia Mangala


