Le Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege, a publié le lundi 18 mai une déclaration sur la situation sanitaire préoccupante en République démocratique du Congo, marquée par la résurgence d’une souche rare d’Ebola dans la province de l’Ituri et dans certaines zones voisines.
Médecin engagé de longue date dans la prise en charge des victimes de violences et de crises humanitaires dans l’Est du pays, il décrit une situation aggravée par un contexte sécuritaire déjà fragile, où les systèmes de santé sont fortement affaiblis par les conflits armés, les déplacements massifs de populations et la saturation des structures médicales.
Dans sa déclaration, le Dr Mukwege rappelle que la souche d’Ebola actuellement en circulation est particulièrement préoccupante, en raison de l’absence de vaccin et de traitement spécifique immédiatement disponible.
Il souligne que la propagation de la maladie intervient dans une région déjà éprouvée par des années d’instabilité.
« Depuis des décennies, je soigne des patients dans l’Est de la République démocratique du Congo au cœur de conflits qui ont détruit les systèmes de santé dont la population dépend pour survivre », a-t-il déclaré.
Pour lui, la combinaison entre crise sanitaire et insécurité armée crée un terrain propice à une propagation rapide de l’épidémie.
Le Prix Nobel de la Paix a salué la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de déclarer cette situation une urgence de santé publique de portée internationale, estimant qu’il s’agit d’une étape importante dans la coordination de la réponse mondiale.
Toutefois, il estime que cette reconnaissance doit désormais s’accompagner d’actions concrètes et rapides de la communauté internationale, notamment en matière de financement, de logistique et de protection du personnel soignant.
Dans son message, le Dr Mukwege lance également un appel pressant aux différentes parties impliquées dans la gestion sécuritaire de la région, les exhortant à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Il demande notamment la réouverture immédiate de l’Aéroport international de Goma, qu’il considère comme un point stratégique pour la réponse sanitaire et humanitaire.
« Le monde ne peut détourner le regard sous prétexte que cette crise se déroule dans une zone de conflits que beaucoup ont déjà oublié », insiste-t-il.
Denis Mukwege met en garde contre les conséquences structurelles des conflits armés sur les systèmes de santé. Selon lui, la destruction des infrastructures médicales et le manque de financement rendent inévitable la propagation rapide des maladies infectieuses.
Il estime que la situation actuelle met à l’épreuve plusieurs engagements internationaux, notamment ceux liés à la préparation aux pandémies, à la surveillance épidémiologique et au développement de traitements d’urgence.
Le médecin congolais insiste également sur la nécessité d’une solidarité globale face aux crises sanitaires, en particulier dans les zones de conflit.
« Aucun d’entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous », a-t-il rappelé, soulignant que les travailleurs de santé en première ligne ne doivent pas être laissés seuls face à cette épreuve.
Cette nouvelle alerte du Dr Denis Mukwege intervient dans un contexte où les autorités sanitaires congolaises et leurs partenaires internationaux tentent de contenir la propagation du virus dans des zones difficiles d’accès.
Son message met en lumière l’urgence d’une mobilisation internationale renforcée pour éviter une extension de l’épidémie et soutenir les systèmes de santé locaux déjà fragilisés.

Lydia Mangala


