La République démocratique du Congo a officiellement confirmé, ce samedi 16 mai à l’Immeuble du Gouvernement à Kinshasa, une nouvelle épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays. Face à la presse, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a présenté l’état de la situation, les caractéristiques du virus ainsi que les mesures de riposte engagées par le Gouvernement.
Trois zones de santé sont actuellement concernées notamment Rwampara, Mongwalu et Bunia, où 246 cas suspects et 80 décès ont déjà été recensés.
Le ministre a d’abord tenu à lever toute équivoque sur la nature du virus en circulation, précisant que les analyses menées ont permis d’identifier la souche responsable de cette nouvelle flambée.
« Vous savez que le virus Ebola, frénétiquement il y a plusieurs souches et donc nous avons tout de suite à prélever et commencer à valider les échantillons et c’était négatif à la souche Zaïre parce-que vous savez qu’il y a plusieurs types de maladies hémorragiques, je dis Ok, on va aller plus loin, ramener les échantillons à l’INRB Kinshasa qui a plus de moyens de rechercher les différentes autres souches, différents types de Ebola. Les échantillons sont arrivés le 13 et ont été examinés et le 14 au soir donc avant hier soir nous avons eu la confirmation que c’est Ebola de souche Bundibugyo, une souche qui est connue déjà notamment pour avoir sévit en Ouganda et qui a déjà donné une épidémie chez nous notamment à Isiro en 2012 », a expliqué Samuel Roger Kamba.

Cette souche, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, est connue pour provoquer une fièvre hémorragique sévère, avec des atteintes cutanées et vasculaires importantes, pouvant évoluer vers des complications graves et des défaillances multiviscérales.
Le ministre a rappelé que cette épidémie intervient dans une zone particulièrement sensible, marquée par une forte mobilité des populations et un contexte sécuritaire instable.
« Il s’agit d’une maladie qui entraîne une contamination interhumaine. La zone de santé de Mungwalu touchée est commerciale et caractérisée par une mobilité intense, ce qui expose le Nord-Kivu, la Tshopo, l’Ouganda et le Soudan du Sud », a déclaré Samuel Roger Kamba.
Cette situation est aggravée par la présence de groupes armés actifs dans la région, notamment les ADF ainsi que plusieurs milices locales, rendant plus complexe la mise en œuvre des interventions sanitaires et le suivi des cas contacts.
L’un des principaux défis relevés par les autorités sanitaires reste la perception initiale de la maladie par les communautés locales, qui a retardé la prise en charge médicale.
« Les communautés locales ont d’abord considéré cela comme un fait mystérieux et ont tenté de gérer sans se tourner vers les centres de santé », a reconnu le ministre.

« Le problème avec cette épidémie est que les communautés l’ont considéré au départ comme un fait mystique », a-t-il insisté.
Le ministre a également évoqué l’origine de la chaîne de contamination, remontant notamment au décès d’un agent de santé survenu fin avril, qui aurait contribué à la propagation du virus au sein de la communauté.
Parmi les premiers cas confirmés, le personnel médical figure parmi les plus touchés. Le personnel soignant « paie le plus lourd sacrifice », a déploré Samuel Roger Kamba, précisant que 4 des 8 premiers cas confirmés sont des infirmiers.
Face à cette situation, le Gouvernement affirme avoir déjà mobilisé les équipes sanitaires avec l’appui des partenaires pour contenir la propagation du virus.
« Nos équipes qui étaient déployées ont alors entamé la recherche active des tous les cas et à identifier toutes les personnes qui seraient décédées dans la communauté », a indiqué le ministre.
Il a également tenu à rassurer l’opinion publique sur la capacité du pays à faire face à cette nouvelle crise sanitaire.
« C’est la 17e épidémie d’Ebola. La souche n’a pas de vaccin ni de traitement spécifique. Mais, pour la riposte, la RDC est prête et dispose de capacités, de compétences et de moyens pour faire face à l’épidémie », a affirmé Samuel Roger Kamba.
Le ministre a insisté sur le rôle crucial des populations dans la lutte contre la propagation de la maladie, en rappelant les mesures de prévention essentielles.
« Pour prévenir, il faut signaler tout cas suspect, se laver régulièrement les mains et éviter les rites funéraires. Il faut donc renforcer les mesures d’hygiène, éviter tout contact avec les personnes présentant des signes, ne pas ramasser les animaux morts et cuire suffisamment les aliments, notamment la viande », a déclaré Samuel Roger Kamba.
Alors que la RDC intensifie sa riposte, la situation suscite déjà des inquiétudes au-delà des frontières. Un cas a été signalé en Ouganda voisin, présenté comme importé depuis la RDC, ce qui souligne le risque de propagation régionale.
Cette 17ᵉ épidémie survient près de six mois après la fin de la précédente, déclarée en décembre 2025 dans la province du Kasaï, et rappelle la nécessité d’une vigilance constante face à cette maladie récurrente.
Malgré l’ampleur du défi, les autorités congolaises misent sur l’expérience accumulée au fil des précédentes épidémies pour contenir rapidement cette nouvelle flambée et limiter son impact sur les populations.
Lydia Mangala


