Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, est monté au créneau le dimanche 17 mai pour dénoncer avec fermeté le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu.
Dans une déclaration au ton grave et engagé, le médecin et défenseur des droits humains a exprimé sa profonde préoccupation face à ce qu’il considère comme une menace directe contre les fondements démocratiques du pays.
« Les principes de base de la démocratie sont à nouveau en danger en RDC », a-t-il averti, pointant du doigt les discussions en cours visant à permettre un éventuel troisième mandat présidentiel.
Alors que le mandat du Chef de l’État doit constitutionnellement s’achever le 20 janvier 2029, Denis Mukwege estime que le pays devrait plutôt concentrer ses efforts sur les défis urgents auxquels il est confronté, notamment la crise sécuritaire persistante dans l’Est.
« La Nation semble à la merci d’un homme qui cherche à s’accrocher au pouvoir au mépris du principe de l’alternance démocratique », a-t-il dénoncé, critiquant également un système qu’il juge marqué par le culte de la personnalité.
Dans son analyse, le lauréat du Nobel ne remet pas en cause les textes juridiques en vigueur, mais plutôt leur application.
« Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement », a-t-il insisté, appelant à une gouvernance axée sur la paix, la justice et la dignité.
Denis Mukwege met également en garde contre toute tentative de manipulation du calendrier électoral ou d’instrumentalisation de la situation sécuritaire.
« Si les raisons sécuritaires empêchent des élections, elles empêcheraient aussi un référendum », a-t-il souligné, dénonçant une incohérence dans les arguments avancés par certains acteurs politiques.
S’appuyant sur la Constitution congolaise, il a rappelé le caractère verrouillé de certaines dispositions, notamment celles relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels.
« Le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle », a-t-il martelé, en référence à l’article 220.
Au-delà du cadre légal, le gynécologue congolais a lancé un appel à la mobilisation citoyenne.
« Nous lançons un appel à un sursaut citoyen pour que la base se réapproprie la Constitution », a-t-il déclaré, invitant les Congolais à défendre leurs droits et libertés fondamentales face à toute tentative de dérive autoritaire.
Dans un contexte marqué par l’insécurité dans l’Est du pays et les tensions politiques, Denis Mukwege appelle à l’unité nationale et à la responsabilité collective.
« Les Congolaises et les Congolais doivent rejeter toute tentative de dérive autoritaire et éviter toute division », a-t-il exhorté, insistant sur la nécessité de faire front commun face aux défis existentiels de la Nation.
Clôturant son message sur une note à la fois patriotique et engagée, il a réaffirmé son attachement à un État de droit fort et à une démocratie réelle.
« Réaffirmons notre volonté commune de bâtir une Nation puissante et prospère et disons ensemble : « Touche pas à ma Constitution ! » », a-t-il conclu.
Par cette prise de position, Denis Mukwege entre dans le débat national en cours, appelant à privilégier la stabilité institutionnelle, le respect de la loi fondamentale et la cohésion nationale dans un moment jugé décisif pour l’avenir de la République démocratique du Congo.


Lydia Mangala


