Le gouvernement de la République démocratique du Congo, à travers le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de plaidoyer international pour la reconnaissance des crimes de masse commis en RDC. Le narratif du « Genocost » sera prochainement intégré dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire afin de renforcer la mémoire collective, le patriotisme et la conscience citoyenne des jeunes générations.
Cette orientation ressort des travaux de l’atelier de formation des formateurs centraux organisé à Kinshasa du 9 au 16 mai 2026, avec l’appui de la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que du Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).
Durant cette session, les inspecteurs de l’enseignement ont approfondi plusieurs thématiques liées à la justice transitionnelle, au récit du génocide congolais ainsi qu’aux mécanismes de plaidoyer pour sa reconnaissance à l’échelle internationale.
Prenant la parole lors de la cérémonie de clôture, la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, a insisté sur l’importance de transmettre l’histoire nationale aux jeunes générations.
« Aucune nation ne peut se construire durablement en ignorant son histoire. Éduquer notre jeunesse, c’est lui transmettre les clés de nos blessures pour forger de véritables citoyens. Sans conscience historique ni esprit critique, il n’existe pas de sens élevé du devoir envers la patrie », a déclaré la ministre.

Selon elle, l’intégration du Genocost dans les programmes scolaires participe à la construction d’un « citoyen nouveau », conscient de son histoire et attaché aux valeurs de dignité humaine.
La ministre a également souligné que le principal défi reste désormais la transformation des acquis de cette formation en véritables contenus pédagogiques destinés aux écoles du pays.
« Nous devons enseigner pour guérir. Nous devons transmettre pour prévenir. Nous devons éduquer pour que l’oubli ne nous désarme jamais. Le Génocost touche à notre souveraineté morale », a-t-elle ajouté.
De son côté, le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR, François Kakese, a rappelé aux inspecteurs leur responsabilité dans la transmission des connaissances auprès du personnel enseignant, dans le respect des exigences scientifiques, pédagogiques et éthiques.

Pour lui, cet enseignement devra contribuer à la préservation de la mémoire collective, à la prévention des violences ainsi qu’au renforcement du vivre-ensemble et de l’unité nationale.
S’exprimant au nom des participants, Odon Mulanda, directeur-chef de service de la Direction des programmes scolaires et matériel didactique (DIPROMAD), a salué une initiative qui permettra aux enseignants de mieux comprendre les enjeux historiques, mémoriels et citoyens liés au Genocost.
« Le bénéfice tiré de ces assises nous aidera à améliorer la pratique que nous allons appliquer dans l’exercice de notre métier d’enseignant », a-t-il assuré.
Depuis septembre 2025, la RDC mène une campagne internationale pour la reconnaissance du « génocide des Congolais ». Les autorités congolaises dénoncent des crimes massifs et systématiques commis depuis les années 1990, attribués notamment au Rwanda et à ses groupes armés alliés.
Le président Félix Tshisekedi qualifie cette tragédie de « GENOCOST », une appellation qui, selon lui, reflète l’ampleur des massacres, des crimes de masse et des violences ayant causé la mort de millions de Congolais ainsi que la destruction du tissu social et économique du pays.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité des résolutions issues de la table ronde organisée en mars 2025 sur l’appropriation du Genocost. Parmi les avancées déjà enregistrées figure notamment la loi n°22/65 du 26 décembre 2022 instituant le 2 août comme Journée nationale du Genocost, dédiée au souvenir, au recueillement et à la transmission de cette mémoire aux générations futures.
Joséphine Mawete


