Une série de révélations faites devant le Sénat a mis en lumière de graves anomalies dans la gestion du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO). Selon les chiffres présentés par le ministre d’État en charge de la Justice et garde des sceaux, Guillaume Ngefa, sur les 195 millions de dollars mobilisés pour indemniser les victimes, à peine 28 millions auraient effectivement été versés. Cet écart considérable soulève de sérieuses interrogations quant à la transparence et à la traçabilité des fonds.
Les missions de contrôle récemment menées, notamment à Kisangani, ont également révélé une inflation suspecte du nombre de bénéficiaires. Alors que 3 000 victimes avaient été initialement authentifiées, les listes actuelles feraient état de plus de 14 000, voire 16 000 personnes dans certains cas. Pour le ministre, cette hausse anormale laisse présager l’introduction de bénéficiaires fictifs et une manipulation des données.
Face à ces constats, le gouvernement a annoncé un plan de redressement articulé autour de plusieurs mesures visant à restaurer la crédibilité du fonds. Il s’agira notamment de rétablir l’ordre administratif et financier, de lancer un audit indépendant du fichier des indemnisés et de renforcer les mécanismes de gestion. Parmi les premières décisions figurent la suspension du président du conseil d’administration, la réorganisation des organes de gouvernance et l’intégration des frais de fonctionnement du FRIVAO dans la loi de finances 2026.
Guillaume Ngefa n’a pas mâché ses mots, qualifiant le fonds de « théâtre de dysfonctionnements ». Il a évoqué des pratiques assimilables à des détournements, des perceptions indues, ainsi qu’une politisation des procédures. Il a également dénoncé la paralysie administrative et l’existence présumée de rétrocommissions sur les fonds destinés aux victimes. Dans ce contexte, la reprise des indemnisations se fera de manière progressive, conditionnée à un assainissement préalable du fichier des bénéficiaires.
Le processus de relance des paiements s’effectuera en deux phases. Dans un premier temps, des réparations collectives seront accordées aux communautés affectées, avant le lancement des indemnisations individuelles, soumises à une vérification rigoureuse des dossiers. Le gouvernement envisage par ailleurs de mobiliser des ressources complémentaires, notamment via le secteur minier, en attendant le versement intégral des montants dus par l’Ouganda, conformément à l’arrêt de la Cour internationale de justice.
En parallèle à ces mesures, le ministre a annoncé la suppression du « permis de culte », jugé contraire au droit. Il a rappelé que la liberté de culte est garantie par la Constitution congolaise et ne saurait être conditionnée par une autorisation administrative. Toutefois, les confessions religieuses restent tenues de se conformer aux exigences légales, notamment l’obtention de la personnalité juridique conformément à la législation sur les associations sans but lucratif.
Afin de mieux encadrer le processus et prévenir de nouvelles dérives, une cellule de réception des plaintes sera mise en place, accompagnée de mécanismes de contrôle renforcés. Le gouvernement promet ainsi une gestion plus rigoureuse et transparente du FRIVAO, avec pour objectif que les réparations parviennent effectivement aux victimes qui y ont droit.
Joëlle Luniongo


