C’est dans l’après-midi de ce jeudi 24 juillet 2025 que la Grande Salle de la MONUSCO – Utex Africa a accueilli la conférence de presse organisée par le Système des Nations Unies en RDC, sur la présentation simultanée du rapport de résultats 2024 et du nouveau Cadre de Coopération pour le Développement Durable (CCDD) 2025-2029.
Ce double exercice de recevabilité et de planification stratégique s’inscrit dans une dynamique de continuité mais aussi de transformation, alors que la RDC s’engage dans une nouvelle phase post-transitionnelle.
Cette conférence de presse a été co-animée par le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies, Bruno Lemarquis, le Secrétaire général à la Coopération internationale, Célestin Kapongo et le Secrétaire général au ministère du Plan et à la coordination de l’aide au développement, Daniel Pembe.

« Aucun pays ne s’est jamais développé avec l’aide internationale, mais aucun pays ne s’est développé sans stratégie, sans paix, sans stabilité, ni sans institutions fortes », a déclaré le Bruno Lemarquis, insistant sur l’importance de renforcer la souveraineté de la RDC dans la mobilisation de ses ressources domestiques.
Un nouveau cadre pour les 5 prochaines années

Le Cadre de Coopération pour le Développement Durable 2025-2029, signé le 6 Novembre 2024, est un outil stratégique qui aligne les actions des Nations Unies avec les priorités du Plan National Stratégique de Développement (PNSD 2024-2028) et l’Agenda 2030.
Il a été conçu conjointement par les experts du gouvernement congolais et ceux des 29 entités onusiennes intervenant en RDC.
L’objectif de cadre de coopération est d’accompagner la RDC dans sa transformation vers une économie diversifiée, inclusive et résiliente, tout en consolidant la paix, la bonne gouvernance, les droits humains et la gestion durable de l’environnement.
Quatre axes stratégiques majeurs ont été définis dans ce nouveau cadre :
– Croissance économique inclusive et durable
– Gouvernance efficace, État de droit et protection des populations
– Accès aux services sociaux de base et protection sociale inclusive
– Gestion durable des ressources naturelles et gouvernance environnementale
Le budget estimatif pour la mise en œuvre de ce nouveau cadre s’élève à 3,7 milliards USD sur 5 ans, dont 82 % restent à mobiliser, avec 55 % alloués aux services sociaux.
Les leviers d’accélération identifiés comprennent la digitalisation, les financements innovants, la gouvernance locale, la formation professionnelle, l’emploi et la lutte contre le changement climatique.
Résultats du Cadre précédent (2020-2024) : des avancées notables dans un contexte difficile

Présentant les résultats du précédent cycle, les intervenants ont insisté sur la complexité du contexte sécuritaire et humanitaire, notamment à l’Est, mais aussi sur les signes encourageants de résilience.
« 2024 a été une année charnière, une année de transition. Cet exercice de redevabilité est aussi un moment de transparence. Je remercie la presse pour le relais qu’elle fera auprès du peuple congolais », a rappelé Célestin Kapongo.
Les principaux résultats par axe sont les suivants :
Axe 1 : Paix, droits humains et gouvernance

Des avancées significatives ont été enregistrées dans la lutte contre les violences, la justice et la consolidation des droits :
– 2,3 millions d’enfants enregistrés à l’état civil ;
– 45 000 personnes vulnérables ont reçu une assistance juridique ;
– 881 survivant·e·s de violences basées sur le genre ont été assisté·e·s ;
– 9 000 armes marquées ou sécurisées ;
– 786 policiers formés à la doctrine de police de proximité ;
– 314 condamnations prononcées pour violations des droits humains
Patrice, représentant des agences impliquées dans ce premier axe, a précisé que plus de 70 structures judiciaires ont été renforcées, avec 360 poursuites engagées contre les auteurs de violations.
« Nous avons accompagné la justice de proximité, soutenu les mécanismes de prévention des conflits et instauré 9 conseils communautaires de dialogue », a-t-il affirmé.
Axe 2 : Croissance économique, environnement et inclusion

Le second axe a été soutenu par 15 agences onusiennes, en collaboration avec les ministères sectoriels. Des progrès concrets ont été relevés :
– 1 391 emplois créés dans les énergies propres ;
– 1 012 hectares de forêts protégés ;
– 631 infrastructures sociales réhabilitées notamment les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics ;
– 11 668 personnes ont bénéficié d’emplois temporaires ;
– 2,7 millions de personnes accèdent aujourd’hui à des services financiers numériques ;
– 91 plans d’aménagement du territoire élaborés.
« Notre approche territoriale intégrée et la méthodologie HIMO nous ont permis d’impacter durablement les communautés. Toutefois, des défis majeurs persistent, notamment la dépendance au secteur minier et la faible diversification économique », a souligné Ibrahim, porte-parole de cet axe.
Axe 3 : Services sociaux et assistance humanitaire

Rachel, en charge de cet axe, a dressé un tableau éloquent des réalisations :
– 461 534 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère pris en charge avec 96,6 % de taux de guérison ;
– 17,9 millions d’enfants supplémentés en vitamine A ;
– 113 écoles et 131 centres de santé appuyés en services WASH ;
– 1,05 million de personnes ont eu accès à l’eau potable ;
– 6,53 millions de personnes assistées en contexte humanitaire ;
– 98 700 survivant·e·s de VBG pris·e·s en charge ;
– Introduction de la Couverture Santé Universelle (CSU) avec 8 établissements publics créés.
« L’approche Nexus a permis des réponses multisectorielles coordonnées, mais le financement du Plan de Réponse Humanitaire reste critique. », a-t-elle souligné.
Nouveaux engagements, nouveaux défis

Margot, experte des Nations Unies, a présenté une analyse approfondie des blocages structurels du développement en RDC, notamment l’Indice de Développement Humain (IDH), l’indice de perception de la corruption et les inégalités persistantes.
« Nous voulons changer de méthode. Le nouveau cadre s’attaque aux causes profondes des vulnérabilités grâce à l’approche des ‘nœuds gordiens’. Il s’agit d’un saut qualitatif dans notre manière de coopérer avec la RDC. », a-t-elle précisé.
Le PDL-145T et les équipes provinciales, leviers de la transformation

Joseph Mankamba, intervenant sur le Programme de Développement Local (PDL-145T), a rappelé que ce programme présidentiel bénéficie de l’appui actif des Nations Unies dans 9 provinces et 54 territoires, malgré les défis logistiques et sécuritaires.
« L’accélération du PDL-145T a été activée. Il reste l’un des programmes les plus suivis par le Président de la République. », a-t-il insisté.
Bruno Lemarquis a également annoncé que 8 équipes provinciales des Nations Unies ont été mises en place pour assurer une meilleure coordination territoriale, une collecte de données locales et une synergie entre les entités onusiennes et les acteurs locaux.
Un partenariat renforcé, une vision commune

Daniel Pembe, Secrétaire général au ministère du Plan, représentant le ministre Guylain Nyembo, a conclu en soulignant l’importance du travail conjoint :
« Les résultats obtenus sont le fruit d’un partenariat fort entre la RDC et les Nations Unies. Le Cadre de Coopération est notre boussole commune. Il garantit l’atteinte des objectifs et nous permet de mesurer les impacts concrets de notre action », a-t-il conclu.
Une présence locale renforcée des Nations Unies en RDC

Pour rappel, le système des Nations Unies en RDC regroupe 29 entités qui travaillent avec le gouvernement pour la paix, le développement et l’aide humanitaire.
Pour mieux répondre aux besoins locaux, l’équipe de pays des Nations Unies (UNCT) a lancé en 2023 la création de huit équipes provinciales. Ces équipes facilitent la coordination, l’adaptation aux réalités locales et le partenariat avec les acteurs humanitaires.
Elles sont déployées dans plusieurs provinces clés telles que le Nord et Sud Kivu, le Tanganyika, l’Ituri, le Haut-Katanga, le Kasaï Central, la Tshopo et l’Equateur, couvrant ainsi de larges zones stratégiques du pays afin d’améliorer l’efficacité des interventions sur le terrain.
Lydia Mangala


