Ce lundi 30 juin 2025, le Centre Culturel et Artistique des Pays de l’Afrique Centrale (CCAPAC), surnommé « Le Grand Tambour », a vibré au rythme des discours inauguraux du tout premier Congrès panafricain de jeunes universitaires congolais.
Organisé par la Représentation des Étudiants Congolais en collaboration avec l’ONG Urgences Panafricanistes, ce rendez-vous de trois jours vise à stimuler la réflexion panafricaine et à donner un cadre d’expression à la jeunesse.
Sous la modération d’Euphrasie Mbiya et Isaac, maîtres d’animations, huit intervenants de marque ont partagé analyses, hommages et perspectives.
Balufu Bakupa-Kanyinda : « Le tambour incarne notre identité »

En ouverture, Balufu Bakupa-Kanyinda, Directeur Général du CCAPAC, a accueilli les congressistes en rappelant que « Le Grand Tambour est le cœur battant du centre », métaphore de l’égalité :
« Sa forme circulaire résonne telle la voix du peuple du cercle, où chaque point de la circonférence est à égale distance du centre », a-t-il expliqué.
« Ici, au cœur de Kinshasa, nous croyons que l’éducation et la culture forgent la confiance et donnent sens à la liberté », a-t-il insisté sur le rôle émancipateur de la culture.

« Le 2 juillet, nous commémorerons Nkimpa Vita, héroïne de la résistance, symbole majeur de l’identité », a-t-il rappelé la portée historique du site étant donné que l’activité s’étendra jusqu’à cette date.
Levis Muneza : « Nous posons aujourd’hui les mots qui entreront dans l’histoire »

Le président de la Représentation des Étudiants du Congo (REC), Levis Muneza Wamungu, a souligné la dimension solennelle de ce premier jour.
« Nous ne sommes pas venus jouer aux intellectuels ; nous sommes venus réclamer un droit à la vie, à la dignité, à la mémoire », a-t-il affirmé, dénonçant l’amnésie et l’humiliation subies par la jeunesse congolaise.
« Le temps de l’indifférence est terminé ; le savoir devient levier, la jeunesse devient moteur », a-t-il ensuite encouragé à faire du savoir une arme contre l’indifférence.
Floribert Tungila « Le panafricanisme, c’est une substance »

Animé par les journalistes Willy Kalengayi et Chantal Kanyimbo, le premier panel a été ouvert par le Professeur Ordinaire Floribert Tungila Nkama Mbendu, qui a défini le panafricanisme comme « le sang qui coule dans les fils de l’Afrique, où que l’on soit ».
« Le panafricanisme est un instrument de résistance ; être panafricaniste, ce n’est pas une posture de mode, c’est une vie », a-t-il Il a insisté.

« C’est ainsi qu’en 1900, W. E. B. Du Bois a rassemblé des intellectuels pour dénoncer l’exploitation coloniale », a-t-il rappelé la Black Star Line de Marcus Garvey et le Congrès de Manchester évoquant la genèse historique.
Christian Nsung : « Le silence au Congo est un crime »

Pour Christian Nsung, consultant gabonais, les combats des figures du panafricanisme sont toujours d’actualité.
Il a dénoncé un impérialisme qui saignait le continent, en reprenant la voix de Patrice Lumumba :
« Le silence au Congo n’est pas ignorance ; le silence au Congo est un crime », a-t-il cité.
Évoquant Thomas Sankara, il a salué l’autosuffisance alimentaire qu’il a instaurée » et regretté son assassinat « organisé de l’intérieur.
Nkosi Mandela : « Vous êtes le présent et l’avenir »
Petit-fils de Nelson Mandela, Nkosi Mandela a transmis les salutations chaleureuses de la province du Cap-Oriental et invité la jeunesse congolaise à prendre le flambeau de l’unité.
« Aujourd’hui, vous avez le pouvoir d’impulser des changements et de construire une Afrique unie et juste » a-t-il exhorté les jeunes.

« La ZLECAF est un exemple concret de notre libération », a-t-il célébré l’émancipation économique.
« Ne dépendons pas de la charité ; créons nos propres opportunités », a-t-il demandé.
Kemi Seba : « Le panafricanisme des peuples renaît »

Kemi Seba, fondateur de l’ONG Urgences Panafricanistes, a rappelé l’origine haïtienne du mouvement :
« Les esclaves ont mis de côté leurs différences pour forger un projet commun », a-t-il dit avant de fustiger le panafricanisme institutionnel qu’il juge défaillant.
Il a plaidé pour «un panafricanisme des peuples, où la solidarité prime sur l’individualisme.

« Quand le peuple veut quelque chose, il doit se mobiliser pour le faire entendre », a-t-il martelé.
Célébration artistique et immersion documentaire

La première journée a été marquée, juste avant le premier panel et après le mot du president de la REC, par une projection forte sur la réalité de l’Est de la RDC, où les violences sexuelles persistent depuis trente ans.
Elle s’est conclu avec un moment de détente assuré par l’humoriste Benji4. Enfin, le film documentaire « Congo : le silence des crimes oubliés » a été présenté, invitant à transformer la mémoire en action.
En ouvrant cette première édition, le Congrès panafricain des Étudiants Congolais a posé les jalons d’un engagement collectif allant bien au-delà de Kinshasa.

Il faut noter que le mardi 01er juillet 2025 lors du défilée panel, militants et universitaires continueront d’explorer « l’autopsie de trente ans d’agression » et de tracer des perspectives nouvelles pour le panafricanisme engagé et populaire.
Lydia Mangala


